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Théâtre de Caen : La Bonne Âme du Se-Tchouan

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Molière de la mise en scène en 2014, Jean Bellorini avec la compagnie Air de Lune, rend hommage à la pièce de Bertolt Brecht, dramaturge allemand, La Bonne Âme du Se-Tchouan.

 

Premier spectacle que nous allons voir dans le Théâtre de Caen depuis sa rénovation. En entrant dans la salle nous remarquons, non seulement la beauté de la nouvelle salle, mais également que les comédiens sont déjà sur le plateau. Un décor simple, mais qui évoluera tout au long de la pièce.

Nous suivons les aventures de Shen Té, une prostituée du Se-Tchouan, qui a été la seule à accepter d’héberger les Dieux. « Éclairée », voyageant dans une province chinoise, en partant, ces derniers lui laissent un peu d’argent lui permettant d’ouvrir un dépôt de tabac. La suite de l’histoire raconte comment Shen Té essaye de faire le bien autour d’elle, mais elle se retrouve confrontée à la cupidité et l’avidité de son entourage. Débordée par tous les services qui lui sont demandés, Shen Té invente le personnage de son cousin Shui Ta, qui pourra faire preuve de dureté à sa place.

En regardant cette pièce, nous comprenons pourquoi le Molière de la mise en scène 2014 a été remis à Jean Bellorini. Les décors nous font penser aux vieux appartements style Brooklyn, avec des couleurs gris foncé et rouge sombre, mais ce sont des décors simples, pour ne pas encombrer la vision du spectateur, pour que ce dernier se concentre sur les comédiens. La comédienne principale possède une énergie grandissante au fur et à mesure de la pièce, elle impressionnera le public avec son double jeu, celui de Shen Té, et celui de son faux « cousin » Shui Ta. A tel point qu’au début, on se demande qui est ce nouvel acteur ? Elle entraîne le spectateur dans ses réflexions, ses malheurs… On retrouve cette double personnalité de Shen Té, dans l’éclairage, beaucoup d’ombres sont mises en place grâce à un jeu de lumière. En effet Shui Ta, représente la dureté que Shen Té n’ose avoir avec ses amis, et l’on s’attache à ces personnages. Par ailleurs, les rôles secondaires sont tout aussi remarquables : certains hommes jouent des femmes, c’est donc une mise en abyme avec la comédienne principale qui jouera une femme et un homme. Les personnages secondaires sont tout aussi attachants que détestables. Tous sont corrompus, mais au fur et à mesure que la pièce avance, on peut les voir sous un autre visage, remettre en cause notre premier jugement.

C’est toute la particularité du théâtre de Brecht, ne jamais juger trop vite. Ainsi, dans cette mise en scène de Jean Bellorini, le théâtre Brechtien est respecté. On retrouve le gestuel dans le jeu des comédiens, les sons, la distanciation, les adresses au public…
Un univers simple, beau mais parfois cruel, et violent. La pluie est très représentative de ce moment, elle peut être très douce, tombant avec calme sur le plateau, mais elle peut être violente, tombant avec précipitation sur la voiture abritant Shen Té et Sun.

La bonne âme du Se-Tchouan mérite amplement le Molière de la mise en scène.

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