Rencontres Théâtre

Les Estilles aux Fous de la Rampe

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En arrivant chez Benjamin Fouchard, metteur en scène des Estilles, ce qui nous frappe c’est la présence de nombreux hauts de formes sur une étagère. Un thé, et l’interview peut débuter.

 

Fantasio 2

 

L’année dernière, Benjamin avait déjà participé aux Fous de la Rampe, et cette année c’est sa première mise en scène seul. Il monte une troupe Les Estilles pour mettre en scène Fantasio de Musset. C’est Coline qui parlera pour la première fois de cette pièce à Benjamin à la fin des Fous de la Rampe l’année dernière. Ce dernier lit la pièce une première fois et n’est pas emballé par le texte. Il le trouvera « bavard » mais sympa. Lorsqu’il fait part de ses impressions à Coline, cette dernière s’offusque, et le convainc de relire le texte plus attentivement. Et en effet, en le relisant, il trouve une un rythme comique similaire à Kaamelott (série télévisée humoristique créée par Alexandre Astier).  et une dimension comique aux personnages de la gouvernante et aux hommes de mains du Prince, ressemblant à ceux des contes Disney. Puis la pièce permet de poser des questions telles que :

 

Qu’est-ce qu’on fait dans un monde politique de merde ?

 

Fantasio est un peu blasé de tout, comme nous autres pouvons l’être parfois mais d’un autre côté il a envie de bouger. C’est ce qui parle à Benjamin. Et cette ambiance récurrente dans la pièce, ils font tout le temps des soirées, ils sont fatigués, ils sont blasés de la vie. Mais malgré tout, ils essaient de se convaincre que la vie est cool, et parfois ils la trouvent cool. Ce côté de la pièce lui plaît, il est en lien avec ce que vive les jeunes d’aujourd’hui.

Fantasio 1

 

Le texte est une bataille de vannes !

 

Le point d’orgue de la mise en scène de Benjamin se repose sur le plaisir de l’acteur, le plaisir de parler. Il s’inspire des mises en scènes de Sivadier. En répétition, ils ont remarqué que le côté bavard du texte, était en fait un avantage, il faut rire avec ! Les comédiens en improvisant sur ce texte ont pu amorcer des actes décalés, il permet une liberté de geste et de mouvement amenant parfois à des situations comiques. Chaque accident en improvisation donnait lieu à une action comique qui collait à la mise en scène.

 

Samy Recroix (Fantasio) voulait souvent disparaître en fumée !

 

Il n’y a jamais deux comédiens immobiles face à face. Il y a une volonté de faire entendre le texte, ce que les actions aident à faire. Pour les costumes, Benjamin nous raconte qu’ils ont fait appel à une costumière. Elle a permis de moderniser les costumes, et de faire un travail sur le maquillage pour figer les comédiens dans leurs personnages.

Fantasio 4

 

Enfin, nous nous tournons vers Fantasio en personne, assis un verre de rouge à la main, qui accepte que nous lui posions deux ou trois questions:

Fantasio, pourquoi avoir accepté de remplacer le bouffon ?

Fantasio : … (Note De L’Auteur: un long silence s’installe) Vous voyez cette personne là-bas dans la rue ? Elle court. Elle doit être en retard. Quelqu’un a du lui envoyer un message lui rappelant qu’elle avait quelque chose d’urgent à faire, ou alors elle a oublié quelque chose à son travail, ou chez elle. Puis elle va louper son bus. Et il va se mettre à pleuvoir. On en voit tous les jours des gens comme ça. Des gens qui passent une journée pourrie. On descend dans la rue et on en trouve six au moins. (Pensée De L’Auteur: Mais quel rapport avec le bouffon ?) Et bah moi ça m’emmerde. Parce que c’est toujours la même chose. On s’emmerde. Tout est prévisible.  Moi, par exemple, j’ai juste décidé de ne pas me préoccuper de tout ça. De m’installer tranquillement, de parler, de fumer, de boire ! (NDLA : il lit le passage d’un conte oriental) C’est un super conte. Il est beau. C’est intéressant. Les dessins et la calligraphie sont jolies. Je pense que le bouffon… (PDLA: Ah on y vient !) Prenons une métaphore. Prenons six poissons dans l’eau, qui tous les jours nagent sans avoir vraiment d’endroit où aller. Mais si un jour, un des poissons part seul. Il décide de partir, de changer sa vie, d’aller dans un endroit qu’il ne connaît pas et là-bas, il fera peut être la plus grande folie que la Terre ait jamais porté ! Ce poisson c’est moi. (NDLA : Il se lève d’un coup) Je vais aller pêcher pour vérifier si ma métaphore est vrai ! (NDLA: il se rassoit) Il faut accepter de faire quelque chose sans se poser de question. Parler beaucoup, parler c’est important. Le plus mauvais tireur de pistolet peut attraper la mouche, s’il tire 780 coups à la minute. Tout aussi bien que le plus habile homme qui n’en tire qu’un ou deux bien ajustés.

En vérité, je pense que j’étais juste assez saoul pour accepter n’importe quoi, je suis tombée sur l’enterrement du bouffon. Puis j’avais des dettes. Reprendre son rôle pour les payer me paraissait la meilleure idée du siècle, mais c’est plus compliqué. Être bouffon, c’est une expérience, un choix libre et consenti et c’est intéressant donc pourquoi m’en priver ? Qui n’aurait pas envie d’être dans un beau palais, dans de beaux habits et de faire rire les gens ?

Apparemment vous avez fait de la prison, cela s’est bien passé ?

Fantasio : C’était une des pièces du palais que je ne connaissais pas, c’est grand, assez beau, bien isolé. C’était bien d’être seul, sans les gens, pour penser à soi ! Lorsque je suis seul, je suis capable de soulever des montagnes. Sans la prison, je m’en serait pas rendu compte.En vérité, quand je suis gris, je crois que j’ai quelque chose de surhumain.

 

Les Estilles c’est le 11 mars à 19h et le 12 mars à 21h, à la maison de l’étudiant : pour plus d’information !

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