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Comment vous racontez la partie – Yasmina Reza

Comment vous racontez la partie

Samedi dernier, CulturaCaen.fr est allé au théâtre de Caen pour voir Comment vous racontez la partie de Yasmina Reza avec Zabou Breitman, Laurent Cappeluto, Michel Bompoil et Christèle Tual. Cette pièce est une production de la Compagnie des Petites Heures.

La pièce suit l’auteure Nathalie Oppenheim – qu’elle va perdre peu à peu par l’ennui, le malaise que celle-ci ressent et la place étouffante que les autres occupent. Nathalie Oppenheim qui vient présenter son livre Le pays des lassitudes dans la salle polyvalente de Vilan-en-Volène ne dévoilera que très peu de choses sur elle et refusera de se raconter, d’abord durant la présentation de son livre – face au public et à une intervieweuse terriblement intrusive – puis en compagnie des autres – en privé.

Comment vous racontez la partie se rattache totalement au théâtre de Tchekhov. La pièce possède une scénographie qui du plateau quasi-nu et symboliste – représentant d’ailleurs l’espace de l’apparence et de la façade pour les trois personnages en scène – passe à un décor totalement naturaliste qui n’oublie pas un seul détail dont pourrait être pourvue une salle polyvalente municipale. Cette progression s’effectue avec de nombreux noirs et changement de décors qui auraient pu être allégés – dont la première scène se passant à l’extérieur qui, de plus, n’a pas grand intérêt en elle-même étant donné la pauvreté du dialogue. La sensation tchekhovienne se perçoit également par un désenchantement progressif total : Nathalie Oppenheim devient de plus en plus en retrait (jusqu’à être quasi muette à la seconde partie de la pièce) et mal par rapport à ses problèmes privés dont on ne capte que quelques fragments de conversation téléphonique ; l’espace lui-même montre d’abord la scène à la même échelle que celle du théâtre de Caen puis, en montrant la salle polyvalente en intégralité, nous révèle une toute petite scène enfoncée dans un mur et paré d’un triste rideau vert. La fin montre tout autant cette fatalité des regrets qui touche tous les personnages et l’agrémente d’une mise en scène magnifique, touchante et sensible. Cette ambiance rattachée à Tchekhov est sans aucun doute volontaire, car de nombreuse références sont exprimées dans le texte : L’évocation du personnage de Trigorine dans La mouette de Tchekhov (écrivain renommé mais insatisfait), la chanson qui lie Nathalie et la Russie puis l’évocation du mot et de l’idée de désenchantement.

En voyant la pièce, le spectateur est face à une succession de mises en abyme qui n’en finit plus : le théâtre dans le théâtre, la scène dans la scène, une pièce qui parle d’un livre qui parle d’un autre livre ou encore Yasmina Reza qui écrit les paroles de Nathalie Oppenheim qui écrit les paroles de son personnage. Tout ce mélange de mises en abyme ajouté à de nombreuses références apportées par Yasmina Reza jusqu’aux personnages permettent habilement de troubler la portée autobiographique de la pièce.

La pièce souffre en revanche d’un gros problème de rythme et d’énergie : ayant du mal à démarrer, le spectacle devient seulement intéressant au moment de la première lecture du livre par Nathalie grâce à l’énergie enfin délivrée, mais maîtrisée, de Zabou Breitman, pour retomber malheureusement peu de temps après. Cette énergie difficilement palpable perd un peu le spectacle et n’est pas au service des pointes d’humour du texte qui provoquent, de ce fait, un sourire entre la franchise et la gêne.
Il faut noter au milieu de la pièce une scène qui ne laisse pas indifférent : Nathalie Oppenheim est de dos face à des projecteurs de rampe, elle lit un extrait de son roman en dansant calmement, une musique accompagnant ses pas. En bref, Zabou Breitman interprète avec beaucoup de justesse, de fragilité et une extrême sensualité un slam qui est sans aucun doute le moment le plus fort et entraînant de la pièce.

Comment vous racontez la partie possède une écriture qui, à parfois vouloir trop jouer la finesse, n’est plus dans une expression assez tranchée des choses et ainsi provoque une gêne chez le spectateur. Les performances des comédiens, certaines de très belles images provoquées par la mise en scène et la sensibilité tout en pudeur de la pièce ainsi que celle de sa comédienne titre Zabou Breitman, sont en revanche très appréciables.

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