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Les Boréales 2015 : On a vu « Horror ».

Boreales2015

Une semaine après l’impensable, qui a touché la culture en son sein, tu n’avais peut-être pas vraiment goût à sortir, encore moins à aller voir un spectacle qui te parle d’horreur. Et tu as été averti : les effets spéciaux, les coups de feu et le faux sang étaient au rendez-vous pour Horror. Mais tu as su te montrer plus fort, tu t’es déplacé en nombre pour que vive le théâtre et pour railler la mort. Oui, prendre la mort au second degré peut aussi, tu en es persuadé, t’aider à avancer et à profiter de la vie, en mémoire de ceux qui l’ont perdue.

Horror, de Jakop Ahlbom – qui rappelle-toi a reçu le Prix du Jury Wijk dans le cadre du Festival de théâtre néerlandais – a tenu ses promesses. Il a su te transporter dans un univers singulier, captivant, angoissant et en même temps familier, si tu es un adepte du cinéma d’horreur. Il a su te surprendre, te faire rire, sursauter, t’attendrir ou t’écœurer. Tu as pu ressentir autant d’émotions différentes qu’il y a eu de rebondissements dans cette heure et demi hors du temps. Tout était là, et on t’entendait parfois, dans un murmure, exprimer ton scepticisme ou ton émerveillement. Tout était mis en œuvre pour que tu ressentes tout ça à la fois.

« Tout est dans le rythme »

La scénographie, époustouflante !, se joue de toi presque à chaque minute. A droite, à gauche, en bas, sur le côté, en haut, ton regard n’est jamais fixe et envahit l’espace scénique presque autant que le corps des comédiens. L’ombre, la lumière, le bruit, le cri, le silence, tous tes sens sont en éveil, à tel point que tu en perds tes repères. On se joue de toi dans un effet de synchronisation parfaite. Et le jeu ! Parlons du jeu ! Proche du mime, pas de paroles, pas de dialogues, que des sons allant du chuchotement à l’hystérie en passant par la douce chanson angoissante d’un enfant. Tout est dans le rythme. Tout le jeu est porté par ces corps qui se désarticulent, qui oscillent entre mouvement et fixité, qui apparaissent et disparaissent au rythme des illusions et effets spéciaux qui, tu ne peux le nier, ont réussi à te figer sur ton fauteuil. On t’entendait même craindre que la frontière entre scène et salle soit rompue tant le jeu, l’ensemble étaient imprévisibles.

Horror 02 Sanne Peper

Avant d’entrer dans la salle, tu étais sans doute perplexe : comment utiliser des effets spéciaux tirés du cinéma d’horreur sur une scène où rien n’est monté, où tout se fait sous tes yeux ? En sortant, tu ne pouvais qu’admettre que le défi a été brillamment relevé et que le spectacle a su te leurrer. A ce moment, tu te rappelles ceci : « L’émotion la plus ancienne et la plus forte de l’humanité est la peur. Et le genre le plus ancien et le plus fort de la peur est la peur de l’inconnu » (Lovecraft). Toi qui pouvait craindre que l’on te parle encore de la mort en ces jours sombres, tu as pu réaliser que tu étais profondément vivant, et que tu venais juste de connaître un hymne à la vie. Et plus encore, cette expérience t’as révélé qu’avant tout, tu es profondément humain.

À propos de l'auteur

Raphael

Raphael

Co-fondateur de Culturacaen.fr - En charge de la communication et des partenariats.