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Un Eté 44 : le spectacle musical à découvrir !

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Depuis le 4 novembre et jusqu’au 26 février, le spectacle musical Un Été 44 a établi ses quartiers au Comedia, à Paris. A l’occasion de la Générale de Presse, nous sommes allés à la découverte de ce spectacle, où les visages des petites histoires retracent la Grande, du Débarquement de juin 1944 jusqu’à la Libération de Paris.

Depuis une cave où elles sont refugiées, nous suivons le chemin d’Yvonne, Rose-Marie et Solange, et celui de ceux qui gravitent autour d’elles : P’tit René, le jeune résistant né à Colombelles, Hans Brauer, le soldat allemand, Willy O’Brien, le GI américain venu débarquer en terre normande…

Dans le casting de ce spectacle musical, nulle fausse note. Vocalement, les artistes forment un ensemble équilibré, avec des identités vocales très fortes. A plusieurs reprises, ils joignent leurs voix sur des chœurs qui subliment certains titres, sur Ta Photographie, pour accompagner la belle interprétation d’Erwan Arzel ou sur L’Amour est tombé…  Sur le tableau Seulement connu de Dieu, la voix de Barbara Pravi, pleine de nuances et de musicalité, s’accapare la scène et en habite chaque recoin. Elle l’apprivoise, d’abord a cappella, avec autant de puissance que d’émotion. Le public est touché, presqu’un peu hagard. Les lumières rouges, le dénuement sur scène, ne font que davantage ressortir ce talent brut, qui, sur ce titre, prend sa plus belle envergure. Avec Commando de la Lune, et sous une pluie de parachutes projetés sur scène, la voix de Philippe Krier diffuse une belle émotion. Son grain de voix porte la chanson, tout en sobriété. Sur Les Lunettes cassées, sa voix, et ses fines fêlures, cisèle chacun des mots qu’il nous raconte. Tomislav Matosin, dans le rôle de Willy O’Brien, est celui qui nous a le plus interpellé. Tout au long du spectacle, sa voix rocailleuse, tiraillée, et un peu écorchée, nous a attrapés, jusqu’à en entendre encore les échos bien après avoir quitté le Comedia…Son interprétation saisissante de Passer la Nuit nous a bouleversé. Il fait siens les mots de cette chanson, racontant l’angoisse terrifiante du soldat lors du Débarquement, jusqu’à nous donner l’impression d’avoir face à nous un véritable allié, venu nous raconter ses peurs, et son envie irrépressible d’y survivre. Dans sa voix, et dans ce que son interprétation amène jusqu’à nous, il y a quelque chose de viscéral, d’urgent, de vital. Sur Fucking Bocage, l’un des titres les plus rock du spectacle, lorsque Willy O’Brien se demande « Est-ce que la mort est normande ? », la voix de Tomislav Matosin nous entraîne avec lui, dans son énergie électrisante et avec son timbre vibrant. La mise en scène, avec cette multitude d’arbres projetés, s’avançant jusqu’à nous, et le jeu subtil sur la profondeur de scène, en fait l’un des tableaux les plus intéressants du spectacle.

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Sur scène, aucun n’est comédien. Et pourtant, en les découvrant chacun dans leur rôle, on imagine sans peine le travail qu’il a fallu mener, en amont, pour arriver à leur justesse d’interprétation. Nicolas Laurent incarne à merveille la fougue d’un jeune homme de vingt ans, P’tit René, intrépide, prêt à en découdre avec les Allemands, jusqu’à entrer dans la Résistance. Alice Raucoules, quant à elle, incarne Yvonne, comme si elles ne faisaient qu’une. Tant dans les dialogues théâtraux, que dans les titres qu’elle interprète, l’artiste fait corps avec son personnage. Sur le tableau On a pris la route, où Yvonne nous confie sa peur, dans cet exode depuis la Normandie, Alice Raucoules est troublante de justesse… Barbara Pravi, dans le rôle féministe de Solange, est particulièrement convaincante. Quand elle s’insurge contre la relation de son amie avec Hans Brauer, Barbara Pravi est Solange, pleinement. Dans un Eté 44, on danse également ! Dans un Paris libéré aux sonorités jazzy, Philippe Krier et Sarah-Lane Roberts, dans le rôle de Rose-Marie, font preuve d’une véritable aisance sur scène et diffusent une joyeuse énergie, follement contagieuse.

Dans le spectacle, les chansons alternent avec les moments théâtraux, et d’autres instants, où Marisa Berenson, divine,  devient la narratrice de cette histoire. Les dialogues, tous écrits par Nérac, sur un livret de Valéry Zeitoun et Anthony Souchet, sont aussi touchants que puissants, non sans quelques pointes d’humour. Parfois, nos gorges se serrent, les mots touchent leur but, et font résonner de belles émotions, voire scintiller quelques larmes.

Au plateau, les décors sont intelligemment conçus, pour permettre de créer divers espaces, une cave où l’on se réfugie, une chambre, un café, une rue parisienne, où les drapeaux des alliés flottent au vent, et même la proue d’un bateau. Piano, contrebasse, batterie, basse, guitare, et accordéon : Côté cour, sur deux étages, les musiciens jouent live, véritable valeur ajoutée pour un spectacle de cet ordre.

Dix huit auteurs compositeurs ont participé à l’écriture de ce projet, parmi lesquels quelques grands noms de la chanson française, quasiment tous présents à l’occasion de cette Générale. De ces créations musicales sont nés des tableaux particulièrement réussis. Le trio féminin fait par exemple honneur aux Rochambelles. Couvre-chefs à paillettes et chorégraphie à l’unisson, celle-ci s’inscrit dans la pure tradition des comédies musicales de Broadway. Une nouvelle fois, la complicité et la formidable complémentarité d’Alice Raucoules, Sarah-Lane Roberts et Barbara Pravi semble évidente.

Le premier acte s’achève sur Juste, signé de la plume de Maxime Leforestier, sûrement l’un des plus beaux textes de ce spectacle. Une armée des ombres se dresse face à nous, dans un clair obscur où tous sont alignés, se rapprochant d’une même vague, par à coups. A nos oreilles, leur chœur fait vibrer les actes anodins de ces héros anonymes, ces résistants du quotidien, qui par une porte ouverte, un abri offert, une lettre transmise, ont refusé de plier. Quand le rideau se ferme, nos respirations suspendues se couplent à cette étrange impression que tous réunis, ils sont parvenus à nous cantonner au fond de nos sièges, frêles et captivés.

Le second acte oscille entre l’ambiance festive d’une liberté retrouvée, appelant aux rires et à la vie, et le devoir de mémoire, d’une histoire qui ne doit pas rester muette.

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Sur 2436 pianos, on retrouve un excellent Tomislav Matosin à la voix de crooner, sur des rythmes au swing inimitable. Tous gravitent autour du piano central, pour l’un des meilleurs tableaux du spectacle, aux sonorités jazzy totalement réjouissantes. Tomislav Matosin se transforme en véritable show-man, transfiguré, secondé par un fantastique Philippe Krier. On retrouve ce même swing sur Bonne idée ce D-Day, interprété par Sarah-Lane Roberts, totalement à sa place dans ce tableau.

Le spectacle se termine, tout en émotion, avec les mots de Marisa Berenson, poursuivant les trajectoires de ces personnages auxquels deux heures ont suffi à nous attacher. Ne m’oublie pas, écrit par Jean-Jacques Goldman, pose la dernière pierre à ce spectacle musical. Si les couplets nous dressent les portraits de ceux qui ont écrit cette page d’histoire, les refrains nous saisissent, quand Alice Raucoules et Barbara Pravi les amorcent, nous rappelant ces destins brisés… « Pour que le monde se relève, il a fallu que vous tombiez ». Sur ces mots, le rideau se tire. Le Comedia est debout, face aux interprètes et aux musiciens, tous visiblement émus…

A comédie musicale, on préférera en effet le terme de spectacle musical pour qualifier cette production. Théâtre, musique, chant et projections d’images se conjuguent ensemble, autour de cette équipe réduite qui navigue de l’un à l’autre… Si certains tableaux ne nous ont pas convaincus, comme Le monde n’est jamais assez grand, ou encore Avec les hirondelles, avouons qu’ils se font rares…Adeptes ou non de ce type de spectacle, le public est tenu de bout en bout par cette création, par ses chansons bien écrites aux textes puissants, sa mise en scène et en lumière réussie et ses interprètes, plus qu’à la hauteur. Véritable spectacle transgénérationnel, il se destine autant aux adultes qu’aux enfants, à qui l’on voudrait expliquer, joliment et tout en poésie, l’histoire de cet été 44.

Dans nos cœurs normands, ce spectacle illumine de douces lumières, auxquelles se superposent en vague ininterrompues les images bien connues de ces plages milles fois foulées, de ces croix souvent croisées, de ces souvenirs de grands-parents chuchotés… Un Été 44 réussit son très beau pari de faire revivre sur scène, avec émotion et justesse, ces histoires anonymes qui ont traversé et écrit cet Été 1944…Et parce que cette histoire est en effet la nôtre, et que tout, en Normandie, nous le rappelle, on ne peut qu’applaudir ceux et celles, dans cette si belle énergie collective, qui l’ont remis sur le devant de la scène…

Le spectacle est à découvrir jusqu’au 26 février au Comedia (Paris), ou en juin, au Zénith de Caen !

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À propos de l'auteur

Laurine

Laurine

Rédactrice Musique
Laurine, 25 ans, passionnée par la rencontre des arts d'ici et d'ailleurs. Chargée de production et de diffusion au sein d'une Compagnie en Arts Mêlés, je jongle entre Paris et Caen, toujours à l'affût de nouvelles découvertes. Pour Culturacaen.fr, je suis essentiellement rédactrice musique, chargée des chroniques et des live report, mais je fais également quelques explorations dans les arts de la rue !