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Un Eté 44 : 5 raisons pour aller voir le spectacle à Caen !

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Après quatre mois de représentations au Comedia à Paris, le spectacle Un Eté 44 y est prolongé jusqu’en juin, avant de partir ensuite en tournée. Enchantés par cette création, et après avoir rencontré ses six interprètes principaux, nous vous livrons les cinq raisons pour lesquelles nous vous conseillons vivement d’aller à la découverte de ce spectacle les 6 et 7 juin au Zénith de Caen !


Un spectacle pour tous, au cœur des petites histoires…

Un Eté 44 est un spectacle transgénérationnel, pour les plus jeunes comme les plus anciens. Nul besoin d’être adepte des comédies musicales : Un Eté 44 va plus loin que la majeure partie d’être elles et s’affranchit de leurs codes préétablis.

Le spectacle s’étire du Débarquement de juin 1944 jusqu’à la Libération de Paris, trois mois plus tard. Finalement, il est à peine question de guerre, ou seulement pour planter le décor. Un Eté 44 met en scène les destins croisés de jeunes anonymes. Ici, ce sont les petites histoires qui sont à l’honneur, celles qui respirent l’espoir et l’humanité…

Au-delà des pages bien connues de cette année 1944, le spectacle pique notre curiosité en mettant en lumière des thématiques parfois oubliées. Barbara Pravi, l’interprète de Solange Duhamel, en est convaincue, « à l’école, si on m’avait emmené voir un tel spectacle, ça aurait tout changé ! C’est comme ça qu’il faut apprendre. Il faut emmener les enfants voir des spectacles, des expositions, pour leur donner envie d’apprendre ». Courant janvier, une représentation scolaire a eu lieu devant quatre cent cinquante enfants. Barbara ne cache pas son enthousiasme au souvenir de cette journée : « Dans le spectacle, je trouve les thèmes développés vraiment intelligents. Les Rochambelles, les 2436 pianos… Ce sont des choses marquantes. Je suis sûre qu’au bac, certains seront capables de ressortir ces éléments. Apprendre comme ça rend curieux… ».

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L’incontestable richesse du projet…

Sur une idée originale de Sylvain Lebel, le projet s’est développé, regroupant dix huit auteurs compositeurs, parmi lesquels Jean-Jacques Goldman, Maxime Leforestier, Charles Aznavour, ou encore Nérac, interviewé en octobre.

Le spectacle s’articule autour de vingt-quatre chansons aux sonorités variées. On navigue entre la variété française, avec la sublime Commando de la Lune ou Ne m’oublie pas, et l’univers pop rock, sur la très imagée Passer la Nuit. Dans l’acte II, les accents jazzy se multiplient, sur des titres qui swinguent. « Il y en a pour tous les goûts, c’est une bonne chose pour ce spectacle » constate Nicolas Laurent, l’interprète de Petit René, le jeune résistant.

La mise en scène, pleine de sobriété, est signée Anthony Souchet. Le regard n’est pas éparpillé : on sent ce qui veut nous être donné à voir, sans jamais perdre le spectateur dans une myriade d’effets. Son travail dans la direction d’artistes, novices en comédie, est à saluer. Il leur a fait trouver leur juste place, tous crédibles, sans jamais tomber dans le pathos.

Le spectacle tient aussi au livret écrit par Valéry Zeitoun, le producteur, et Anthony Souchet. Celui-ci a ensuite été mis en mots par Nérac. Leur travail collectif donne à ses personnages un caractère attachant, comme ceux d’un livre qui nous captiveraient. Nérac offre aux artistes de vraies partitions théâtrales, justes et sincères, qu’ils continuent d’explorer.


Un casting à la hauteur de ce spectacle…

Dans ce spectacle, les musiciens sont au plateau, intégrés à la mise en scène, parfois même chanteur, lorsqu’Erwan Arzel, le batteur, interprète Ta Photographie. Ils donnent le ton, avec ce supplément d’âme qu’aucune bande son n’aura jamais…

Au sein du casting, la complémentarité des interprètes renforce la singularité de leurs talents. Et quel bonheur de découvrir un spectacle où tous sont parfaitement à leur place…

Certains se révèlent dans les parties théâtrales du spectacle. Nicolas Laurent est très convaincant dans le rôle de Petit René. La fougue et l’insouciance avec lesquelles il nourrit son personnage lui confère une réelle authenticité. Dans le rôle de sa cousine, Alice Raucoules incarne une touchante Yvonne Gauthier. Solide et réfléchie, celle-ci fait figure de pilier pour ses amies. Pleine de sobriété et de douceur, Alice offre une tendre bienveillance à son personnage, et ne perd rien de sa justesse, lorsque celle-ci vacille sur les chemins de son exil vers Paris…Lors de son interview, Alice nous confiait : « En fait, je crois qu’on les aime vraiment beaucoup, nos personnages..« .  Chez elle, cela semble une évidence, tant l’artiste prend soin de son personnage, pour que son Yvonne existe de la plus belle manière qui soit…

Philippe Krier, qui incarne Hans Brauer, le soldat allemand, diffuse la belle sensibilité de sa voix dès le deuxième tableau, sur Commando de la Lune. Son timbre ciselé sublime aussi la douce ironie du texte Les lunettes cassées. Et quand il s’agit de danser, Philippe rafle la mise…

Dans le rôle de Rose-Marie, Sarah-Lane Roberts distille ses pétillantes étincelles. Sur les titres swing qu’elle interprète, l’artiste est pleinement à sa place, comme sur Bonne idée ce D-Day. Dans les méandres de la Normandie bombardée, Sarah-Lane incarne le contrepied des autres personnages, déjouant la peur par un optimisme désarmant, les interdits par un amour allemand…

Après avoir vu plusieurs fois le spectacle, on continue d’être étonné par la prestation tant vocale que théâtrale de Barbara Pravi, troublante de justesse. Dans les élans féministes de son personnage, dans l’émotion magnifique qu’elle offre à Seulement connu de Dieu, l’une des pièces maitresses du spectacle, dans le rock qu’elle danse avec Petit René, dans les fêlures de son personnage, Barbara est entière. Elle est là, pleinement, avec une présence insoupçonnée et des capacités vocales qui lui permettent tour à tour de nous faire sourire sur Les Rochambelles ou de nous émouvoir sur Lily sans sommeil. Les sublimes arabesques de sa voix en font l’une des révélations de ce spectacle…

Et enfin, il y a Tomislav Matosin, l’interprète de Willy O’Brien, le GI. A la première écoute, Passer la Nuit nous avait à peine interpellés. Et puis il y a eu la Générale, ces images incessantes d’Omaha Beach qui nous traversaient l’esprit, alors que lui, sur scène, déployait toute l’envergure de son talent, de sa voix rocailleuse, terriblement viscérale, jusqu’à nous clouer au fond de notre siège. Presque tétanisés, non moins émus. Cette justesse d’interprétation ne le quitte jamais, d’un bout à l’autre du spectacle. De l’homme hagard, la peur au ventre, lors du Débarquement ou désorienté dans le bocage, il se transforme en crooner jazzy pour nous conter l’histoire de ces 2436 pianos apportés par les Américains. Dans son swing et son déhanché un peu fou, difficile de reconnaître l’artiste calme, et presque réservé, que nous avions interviewé en novembre. Peut-être est-ce là la plus belle manifestation de ses indéniables talents d’interprète ?

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Un spectacle en constante évolution…

Après quatre mois de représentations parisiennes, les évolutions du spectacle sont déjà perceptibles. Les interprètes se sont familiarisés avec les costumes qu’ils endossent.

Barbara nous raconte son sentiment sur ces évolutions. « A la Première, on faisait les choses exactement comme on les avait répétées. On avait peur de faire de travers. Aujourd’hui, on fait ce qu’on veut, parce qu’on connaît les limites de ce qu’il est possible de faire, vis-à-vis de notre personnage. C’est devenu naturel… Avec Tomislav, on rigole beaucoup plus. C’est l’amoureux d’Yvonne, mais moi, les copains de mes amies, ce sont aussi mes amis ! Alors, avec Tomislav, on rigole, on se regarde, on se check. Ce sont des interactions de la vraie vie, que l’on a intégré au spectacle, parce qu’elles sont en lien avec nos personnages ». Lors de la Générale, Pierre Palmade était venu assister au spectacle. « Il était étonné que l’on n’ait jamais fait de théâtre avant… Il avait dit à Anthony : ‘Tu verras, le spectacle va évoluer. Pour le moment, ils jouent un rôle, et tu verras, le rôle deviendra eux, et eux deviendront le rôle’. C’est exactement ce qu’il se passe ! ».

En effet, trois mois après la Première, le jeu des interprètes s’est affiné. La plus belle évolution vient, pour nous, de Sarah-Lane. En découvrant le spectacle, nous avions trouvé chez Rose-Marie des traits un peu trop appuyés. Aujourd’hui, Sarah-Lane incarne une Rose-Marie beaucoup plus naturelle. On sent que l’artiste a pris le temps d’entremêler sa propre personnalité avec celle de son personnage, de découvrir la part de Rose-Marie qu’elle porte en elle… Son interprétation est devenue fluide, beaucoup plus respirée.

Si Tomislav, dès la première représentation, nous avait impressionnés par son interprétation des titres qu’il incarne, sa prestation théâtrale nous semblait parfois plus légère. Après quatre mois au Comedia, son personnage, Willy O’Brien, s’est étoffé et a gagné en profondeur. « Sur les premières représentations, je pensais à ce qu’on avait travaillé, à ne pas me tromper. Maintenant, on peut davantage rentrer réellement dans l’interprétation. Chaque jour, je peux explorer davantage mon personnage, parce que je n’ai jamais terminé. J’ai un monologue, où Willy O’Brien est dans le bocage. Il y a des choses qui ont été mises en place, pour donner de l’épaisseur, comme un battement de cœur. Ce monologue me permet vraiment de travailler quelque chose, entre la peur qu’il a dans le ventre et sa détermination à suivre. Chaque représentation est l’occasion de tester de nouvelles choses ».

Avant d’entrer sur scène, Tomislav répète ses petits rituels, pour rentrer dans son personnage. « J’essaye d’endosser le costume de ce gars, en me disant que je ne suis plus Tomislav, je suis Willy O’Brien. Bizarrement, avec le temps et l’aisance que je gagne, je pense de moins à moins à moi, et beaucoup plus au personnage. Alors, oui, le trac est toujours là. Mais je me dis toujours ‘Toi, tu as peur d’y aller, mais imagine ce qu’ils pouvaient ressentir… ‘. Alors, je ne pense plus, j’essaye d’être. J’essaye vraiment, en étant sur scène, d’être sur cette plage… ». Alors nous, on y est aussi…

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On n’oublie pas…

A travers les destins anonymes qu’il dépeint, ce spectacle populaire – au sens le plus noble du terme – véhicule un message fort lié au devoir de mémoire. Cela a permis à Sarah-Lane de redécouvrir son histoire familiale : « J’ai encore plus d’histoire que je ne pensais, dans ma propre famille, en lien avec ce spectacle. Ma grand-mère paternelle, française mais qui a presque vécu toute sa vie en Amérique, a connu l’histoire des caves. Ils avaient des subterfuges, un code, pour savoir à quel moment ils devaient fuir, en cas de problème, par une porte en sous-sol ».

Elle nous raconte aussi la découverte des chewing-gums, pour sa grand-mère, lorsque les Américains lui en ont offert un paquet, qu’elle a usé jusqu’au bout, pour ne pas en perdre une miette. Sarah-Lane cache à peine son émotion, en nous racontant sa fierté d’avoir joué ce spectacle devant sa grand-mère… Et elle poursuit : « Mon grand-père maternel était serbe et il a connu les camps de concentration. Il a été aidé par des Allemands, il a réussi à s’échapper grâce à eux. C’est un peu fou que dans le spectacle, mon personnage ait une histoire d’amour avec un allemand… ». Quand le devoir de mémoire de la grande Histoire rejoint celui de ses propres racines…

Un Eté 44 est un spectacle sensible. On y pleure autant qu’on y sourit. On sent la vie y affluer de toute part… Ce spectacle fait écho, comme une bande originale, aux bribes de témoignages reçus de nos grands-parents, à ceux des résistants que l’on nous faisait rencontrer à l’école, au sable d’Omaha Beach sous nos pieds, au vent de liberté qui y souffle encore, aux ruines du port artificiel d’Arromanches qui jalonnent toujours l’horizon…

On ne saurait vous dire combien ce spectacle est précieux, pour ceux qui le défendent, et pour ceux qui le reçoivent. Alors, pour toutes ces raisons, et pour celles que nous n’avons pas listées, courez-y, sans hésiter. Surtout, ne soyez pas surpris si, après, l’envie vous prend de retourner errer sur ces plages, que vous pensiez pourtant connaître par cœur… Et si ce spectacle parvient à vous questionner, à vous faire vous interroger sur les Yvonne et les Petit René de vos racines et à changer votre regard sur ces lieux qui nous sont si familiers, alors nul doute qu’à vos yeux, comme aux nôtres, ce spectacle aura sincèrement réussi son pari…

À propos de l'auteur

Laurine

Laurine

Rédactrice Musique
Laurine, 25 ans, passionnée par la rencontre des arts d'ici et d'ailleurs. Chargée de production et de diffusion au sein d'une Compagnie en Arts Mêlés, je jongle entre Paris et Caen, toujours à l'affût de nouvelles découvertes. Pour Culturacaen.fr, je suis essentiellement rédactrice musique, chargée des chroniques et des live report, mais je fais également quelques explorations dans les arts de la rue !