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Tryo aux Rendez-vous Soniques!

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Vendredi, la salle Beaufils de Saint-Lô était comble pour accueillir Tryo, programmé au festival des Rendez-vous Soniques. A cette occasion, nous avons pu échanger avec Guizmo sur la création de leur dernier album, Vent Debout.

 « On était très impatient de reprendre la route. La conjoncture de ces dernières années nous a donné envie de retrouver les gens, de communier un peu avec tout le monde, de se retrouver, avec notre public. Vent Debout, motivés, optimistes, rêveurs, voilà l’idée de cette tournée. En ce moment, politiquement, la vie n’est pas toujours très rose, socialement non plus. Donc, on avait très envie d’amener un peu d’optimisme, dans l’ambiance actuelle… ».

Un nouvel album, une nouvelle tournée, qui a d’ailleurs commencé avant même la sortie de ce dernier, et Tryo fait escale à Saint-Lô. Ils ouvrent le bal, en puisant de-ci, de-là, dans leur répertoire, commençant par Ce que l’on s’aime, avant d’enchainer sur Yakamoneyé.

Quand nous balayons la foule du regard, l’évidence est frappante. Tous différents, du petit bonhomme sur les épaules de sa mère, à la quinquagénaire balançant la tête, jusqu’à la bande d’adolescents venus entre amis…Aucun ne se ressemble, mais de ces quelques milliers d’âmes transpirent la même bienveillance. En conférence de presse, Guizmo nous a lui aussi parlé de l’hétérogénéité de leur public : « Il y a ceux qui ont décroché, puis qui reviennent. Il y a ceux qui découvrent. J’ai l’impression qu’on a toujours une grosse base fan, des gens qui sont là depuis toujours, et qu’on revoit à chaque tournée, qui viennent nous voir plusieurs fois. Et puis il y a aussi toute une génération qui découvre Tryo, c’est très plaisant d’avoir ce mélange générationnel dans les concerts ».

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Vendredi, Tryo a joué plusieurs morceaux de leur dernier album, parmi lesquels La Demoiselle, Sauvage, ou encore Rassurer Finkelkraut. Fidèle à lui-même, le groupe conserve son caractère engagé, parfois militant, revendicateur, et plus encore, humaniste. « On laisse une place à ces gens là, les Zemmour, les Finkelkraut, qui parlent politique d’une manière assez inconfortable. Ce sont des gens avec une vision passéiste de la France, qui ne nous correspond pas du tout. Nous, on a cette vision, que l’on peut retrouver sur le drapeau de la pochette de l’album, une France colorée, multiculturelle, jeune, qui a envie d’avancer, qui accepte le réfugié chez lui… ». Pour Guizmo, nous sommes dans une période où les gens ont envie de « reprendre la parole, d’exister politiquement ». Le lien avec Nuit Debout est là, lui aussi…

Guizmo nous a aussi raconté le processus de création de cet album.  « On a beaucoup collaboré, Christophe et moi, ce que l’on faisait assez rarement sur les autres albums. Généralement, chacun venait avec ses chansons. Là, on est vraiment rentré dans l’écriture de l’autre. On a co-écrit Souffler, Watson, La Demoiselle ». Habituellement, pour chaque création d’albums, Christophe et Guizmo ramènent chacun avec eux une quinzaine, voir vingtaine de chansons, dont seules une dizaine constitueront réellement l’album. Alors oui, Tryo laisse une multitude de chansons de côté, puisqu’en vrai collectif, sur Vent Debout, ils ont souhaité l’unanimité parfaite. Tous ont adhéré aux treize titres de cet album. « On a recentré tout le travail sur les voix, les guitares, pour essayer de faire quelque chose de très épuré. On avait l’envie de retrouver la guitare, les percussions, et surtout les harmonies vocales ».

En conférence de presse, Guizmo arbore un sweat au logo de Sea Shepherd. Deux heures plus tard, le quatuor joue Watson sur scène, titre dédié à Paul Watson, fondateur de l’ONG, ardant défenseur de l’écologie. Encore une chanson, dans le répertoire de Tryo, dont le supplément d’âme, la rend toute particulière. « Watson, un peu à l’image de Vent Debout, des gens qui à, un moment donné, agissent, se redressent et se disent « j’y vais ! ». Les Japonais ont réussi à le faire passer pour un terroriste, et il est aujourd’hui dans la liste rouge d’Interpol, classé au milieu de gens qui ont posé des bombes ou massacré des populations. ». Aujourd’hui, Sea Shepherd repart en Antarctique, pour contrecarrer les Japonais qui, sous couvert de recherche, s’apprêtent à massacrer un quota de trois cent cinquante baleines cette année.

En appelant cet album Vent Debout, Tryo traverse cette idée de lutter contre les vents contraires. « On nous dit souvent qu’on est des rêveurs, des utopistes, mais on revendique le droit de rêver et de le crier haut et fort. Un peu de désobéissance civile, des fois, ça ne fait pas de mal, quand ça va dans le bon sens… ». Rêver, envisager un autre monde, semble une évidence, quand on s’époumone sur un concert de Tryo. Sous couvert d’une ambiance festive, joyeuse et propice aux sourires qui s’élargissent, le groupe distille ses messages, ses coups de gueule et engagements du quotidien. « J’ai l’impression que le message passe toujours mieux dans la douceur et dans la poésie, que dans l’agressivité, même si de temps en temps, un bon morceau de rock, bien énervé, ça fait du bien ! ».

Aujourd’hui, Tryo a un peu plus de vingt ans. Pendant le concert, le public a même le luxe de choisir quelques titres qu’il souhaite entendre. Les chansons d’hier, dont on a parfois presque oublié les paroles, reviennent sur le devant de la scène, de l’excellente Cinq Sens, à France Télécom, en passant par J’ai rien prévu pour demain, interprétée avec Grimace, un spectateur musicien monté sur scène pour l’occasion. Les artistes nous ont fait traversé leurs albums : les retrouvailles avec les incontournables, Désolé pour Hier Soir, Serre-Moi, repris en chœur par le public, celles qui résonnent toujours tellement fort, Sortez-les, et ses ordures télévisuelles, terriblement d’actualité, et plus encore, au lendemain de l’élection de Trump, Les Extrêmes. Les réentendre, à nouveau, nous clamer que « L’histoire, c’est toi, l’histoire qui toi la fait ! » a quelque chose de vibrant…

Quand on les voit sur scène, la complicité des quatre musiciens est évidente, compagnons de route,  de création, de vie. « On a eu la chance d’avoir un public très fidèle, et d’avoir les moyens de temps en temps, de breaker, ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’artistes, qui doivent aller faire leur intermittence, et courir derrière le cachet. Nous, on a eu cette chance, et on a pris de l’espace entre les albums, pour faire autre chose. C’est aussi une manière de mieux se retrouver. En général, on ne se fixe pas l’album d’après, on ne se projette pas. Ça a toujours été dans le présent… ».

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Tryo a commencé par la scène, s’est fait connaître par elle. Pour Guizmo, « Se faire connaître, aujourd’hui, comme on a pu le faire, par la scène, c’est dur. Moi, je suis en région Bretagne. Quand j’ai commencé avec Tryo, il y avait une vingtaine de café concert, aujourd’hui, il en reste un. On vient d’une MJC de quartier. Elles ont plutôt été fermées qu’ouvertes ». Le quatuor fait donc particulièrement attention aux premières parties qu’ils choisissent. Sur cette tournée, Laurent Lamarca, que l’on avait découvert lors de leur dernier passage au Zénith de Caen, ou encore Gauvain, et ses textes acérés, sont autant d’artistes que Tryo accompagne. « Je suis assez solidaire de cette génération qui arrive ».

Retrouver Tryo en live, c’est comme revoir des copains, qu’on n’aurait pas vu depuis longtemps. Toujours remplis de bienveillance, jamais avares de rires, dans une ambiance terriblement festive, jusqu’à faire de la salle Beaufils un dancefloor géant sur Greenwashing, Tryo nous a rappelé une nouvelle fois combien la scène était leur plus beau terrain de jeu.

Tout au long du concert, ils ont distillé le meilleur. Manu et ses incroyables solos de guitare, Danielito et sa fureur transcendante au cajon, les guitares de Guizmo et Mali, les harmonies de leurs voix… Tryo reste ce quatuor joyeux, humaniste, dont les mots et les mélodies résonnent, longtemps après le concert…. !

À propos de l'auteur

Laurine

Laurine

Rédactrice Musique
Laurine, 25 ans, passionnée par la rencontre des arts d'ici et d'ailleurs. Chargée de production et de diffusion au sein d'une Compagnie en Arts Mêlés, je jongle entre Paris et Caen, toujours à l'affût de nouvelles découvertes. Pour Culturacaen.fr, je suis essentiellement rédactrice musique, chargée des chroniques et des live report, mais je fais également quelques explorations dans les arts de la rue !