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Rencontre avec Sarah-Lane Roberts – Un Été 44

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Dans les loges du Comedia, à Paris, nous avons rencontré Sarah-Lane Roberts. Pour le spectacle Un Eté 44, elle incarne le rôle de Rose-Marie, une jeune coiffeuse normande de Caen. Pour Culturacaen, elle revient sur ce spectacle, son arrivée dans le projet et la manière dont elle a travaillé son personnage.

 Il y a quatre ans, Sarah-Lane Roberts créé avec Florent Lebel un duo de chanson française, Ma Caille. « Son père, Sylvain Lebel, qui est à l’origine du spectacle, nous avait dit qu’il pensait à un projet sur le Débarquement en Normandie. Il y avait une chanson très swing, Whisky Vodka, et comme le duo est dans ce style, il m’a proposé de poser ma voix dessus. A la base, je n’ai même pas entendu parler de spectacle ou de chansons qui allaient faire un spectacle. C’était vraiment juste faire une maquette sur cette chanson ».

Ce qui n’était alors qu’une maquette se concrétise peu à peu. Sylvain Lebel recontacte Sarah-Lane, pour qu’elle fasse des essais auprès d’Eric Benzi, qui deviendra le directeur musical de ce spectacle. « Je ne vais pas mentir, je ne savais pas qui était Eric Benzi. Alors, j’ai regardé, malheureusement, avant d’aller chez lui. Quand j’ai vu qui c’était, j’ai eu très peur ! ». Parmi les collaborations d’Eric Benzi, on compte, entre autres, des artistes tels que Jean-Jacques Goldman ou encore Céline Dion. Pas de pression, donc…

« Là, il y a une vraie valeur d’être artiste… »

Comme nous l’avait raconté Barbara Pravi lors de son interview, les débuts du projet ont été flous, avec une attente considérable avant de le voir aboutir. « Tu t’embarques dans quelque chose, tu ne sais pas du tout où tu es, il n’y a pas de rôle pour le moment, je savais juste que je serais une jeune femme un peu coquette… Le jour où on m’a appelé pour me dire que les choses commençaient à bien prendre, c’est là que j’ai un peu réalisé les auteurs qui étaient réunis sur ce projet. Je connaissais Claude Lemesle à la base, parce qu’on avait fait des ateliers d’écriture avec Florent Lebel. Je m’étais un peu renseignée sur le personnage, et je savais que c’était un des plus grands auteurs de la chanson française ».

 En juin dernier, l’ensemble de la troupe est venue en Normandie, d’abord pendant deux semaines pour travailler les chansons et la mise en scène en vue des showcases qui se déroulaient, la semaine suivante, à Bayeux, Caen, Sainte-Mère-Eglise, ou encore Argentan. « C’est vraiment là, je crois, que l’on s’est rendu compte qu’il y avait quelque chose qui tenait au devoir de mémoire. On le savait, mais là, ça a été encore plus clair. On est allé chercher les Normands, chez eux, et quand des petites mamies te sautent dans les bras, en pleurant, et en te disant ‘Tu as raconté mon histoire’, c’est vraiment très fort… Là, il y a une vraie valeur d’être artiste. On te donne du contenu, des belles mélodies, de bonnes chansons, une équipe de folie, que demander de plus ? »

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« Grâce au spectacle, je suis vraiment fière d’être française ! »

Ce sont bien les chansons de ce projet qui ont, en partie, attiré Sarah-Lane. « La maquette, très swing, ça me plaisait bien. Ça me colle vraiment à la peau. Le swing, le jazz, ce sont des choses que j’aime énormément et qui me vont bien. Pourtant, au premier abord, quand on me parle de guerre, je suis un peu réticente ». Sarah-Lane l’avoue : pour elle, l’histoire du Débarquement était très floue. Elle en connaissait les grandes lignes, sans qu’on ne lui ait jamais donné l’envie de creuser davantage. Sa grand-mère, à six ans, connaissait les bombardements, quelque part en Ile-de-France. Elle croisait les Américains ayant débarqué quelques semaines plus tôt, les mêmes qui lui offraient des chewing-gum. « Je chante du jazz depuis l’âge de quinze ans, et je n’apprends que maintenant qu’il y a eu 2436 pianos Steinway qui ont débarqué en Normandie en 1944… Je connais plein de jazzmen qui ne sont pas au courant ! Déjà, à l’époque, ils avaient conscience que pour remonter le moral des troupes, il fallait faire de la musique… Cette chanson, c’est une de mes préférés, je trouve que Tomislav la chante et la joue extrêmement bien sur scène ». Toute pétillante, Sarah-Lane, un peu émerveillée, nous raconte sa découverte des Rochambelles : « Tu apprends que ces femmes sont allées au front, d’elles-mêmes… C’est fou… Ce qui me sidère, c’est de ne l’apprendre que maintenant, à vingt-sept ans. C’est étrange, mais grâce au spectacle, maintenant, je suis vraiment fière d’être française ». Après un bref silence, Sarah-Lane nous confie, un peu émue : « Je me dis vraiment que je suis là, grâce à certaines personnes qui sont mortes pour ma liberté, celle de tous, et je ne l’apprends que maintenant, parce qu’à l’école, on n’a pas su me l’expliquer d’une manière qui me donne envie de m’y intéresser ».

« Je ne savais pas que je pouvais faire ça… »

Au début, lorsque les personnages n’étaient pas encore dessinés et attribués, chaque artiste a réalisé diverses maquettes sur l’ensemble des vingt-quatre chansons qui composent le spectacle. « J’ai fait une maquette de Lili sans sommeil, et dessus, je suis vraiment découverte. Je n’avais jamais chanté une chanson comme ça, je devais y mettre énormément de douceur. Je ne savais pas que je pouvais faire ça… Ensuite, Barbara l’a essayé, et il n’y avait plus aucun doute, elle était faite pour elle. C’est là que tu vois que les timbres s’accordent avec les chansons et c’est passionnant ! ».

Sarah-Lane nous raconte ensuite l’enregistrement de l’album, et l’étonnement qu’elle a vécu, en se redécouvrant sur les différents titres que lui offrait le spectacle. « Quand on a fait l’enregistrement de l’album, en Belgique, je me demandais si c’était bien moi qui chantais, je ne me reconnaissais pas du tout ! Avec mes groupes, surtout mes groupes de reprise, je chante de tout, mais je ne m’entends pas. Ce n’est pas du studio, c’est du live. En plus, Eric Benzi, le directeur musical, était derrière, et nous donnait des indications. C’est agréable de se découvrir sur de nouveaux registres, d’explorer de nouvelles choses…». L’album, sorti au moment de la Première, début novembre, a été enregistré en une semaine aux Studios ICP de Bruxelles. « Quand j’en ai parlé à des amis, ils m’ont demandé si j’avais conscience de la chance que j’avais. Moi, j’étais là, petite gamine, sans trop savoir. Et maintenant, je revois encore la tête de Tomislav, nous disant ‘Mais, vous ne vous rendez pas compte !’. Tomislav, c’est le plus grand, celui qui a six cent dates derrière lui… ».

« Je représente tous les gens qui ont travaillé sur ce projet… »

Tout au long de l’heure que nous avons partagée avec Sarah-Lane, elle est revenue à de multiples reprises sur l’équipe qui compose ce spectacle et sur le lien très fort qui les unit tous. « Ils ont vraiment fait un très bon casting, on est tous très solidaires. On est vraiment amis, on se fait des blagues, des dessins. Il y a quelque chose de l’ordre de la famille. C’est vraiment ce que Valéry Zeitoun voulait ! ». Finalement, c’est l’une des premières raisons qui ont poussé Sarah-Lane à s’investir dans ce projet, au-delà des chansons écrites et composées. Dès la première rencontre avec les autres artistes, elle s’est sentie bien entourée. « Il n’y avait pas l’air d’avoir un égo particulier, pas de starlette. On était même allé voir Tomislav en concert, parce que j’ai vraiment eu un coup de cœur pour sa voix. C’était assez fou, quand je l’ai rencontré, je me suis demandé comment j’avais fait pour passer à côté de cet artiste. Et au fur et à mesure, je me suis dit la même chose pour tous : comment j’avais fait, jusque là, pour passer à côté de tous ces artistes ? ». Sarah-Lane sait très bien ce qu’elle fait dans ce spectacle, ce qu’elle défend, chaque fois qu’elle foule la scène du Comedia : « Le peu d’égo qu’il y a s’efface très vite, pour donner la priorité au spectacle. Bien sûr, je représente Sarah-Lane, mais dans le spectacle, je représente surtout Rose-Marie, je représente Joëlle Kopf quand je chante Bonne idée ce D-Day. Je représente tous les gens qui ont travaillé sur ce projet, et je représente une histoire vraie, ou plutôt, une histoire qui aurait pu être vraie. Je me rends compte que j’ai vraiment de la chance d’être dans une équipe comme celle-là, et dans une production à taille humaine, bienveillante. On a tous une sensibilité, on n’est pas dans une grosse machine, on a tous une importance ».

« Etre coquette, pour Rose-Marie, c’est un moyen d’échapper à la guerre »

Dans le spectacle, Sarah-Lane joue Rose-Marie, celle qui refuse la gravité de la guerre, continue d’y croire, de rire, celle qui insuffle un peu de légèreté au plateau. Tous les rôles ont été plus ou moins écrits selon les traits de personnalités des interprètes. Quand on l’interroge sur ses ressemblances avec son personnage, Sarah-Lane nous raconte : « Etre coquette, pour Rose-Marie, c’est un moyen d’échapper à la guerre. Elle garde aussi les lettres de ses amoureux. Tout ça, ça me parle énormément ! J’ai des boites avec les lettres de mes premiers amoureux. Le cœur d’artichaut, ça me correspond vraiment. Je peux tomber facilement amoureuse. Par contre, je ne suis pas aussi coquette qu’elle ! A la base, je suis plutôt un garçon manqué. Alors, maintenant, toute l’équipe dit que je parle, que je fais des gestes comme une fille, depuis que je joue Rose-Marie. Je porte des talons, même en dehors ! ». Au début, elle a du forcir le trait. Anthony Souchet, le metteur en scène, lui a souvent dit qu’elle jouait trop son propre rôle, plutôt que celui de Rose-Marie. Alors, ensemble, ils ont exagéré son interprétation, pour qu’elle devienne pleinement la jeune coiffeuse caennaise, avant de finalement gommer peu à peu ce qui n’était pas nécessaire.

En parallèle, Sarah-Lane se prépare à un autre rôle. Si un jour, Barbara Pravi n’est pas en mesure d’assurer le rôle de Solange Duhamel, c’est elle qui devra endosser son costume. « C’est un vrai travail pour y arriver ! Je peux être assez mélancolique, mais le jouer, c’est encore autre chose. J’ai encore des répétitions, pour y arriver, mais c’est dur ! En plus, Seulement connu de Dieu, je n’entends que Barbara, je n’imagine pas une autre voix que la sienne.  Anthony Souchet m’a rassuré, en me disant que je lui donnerais une autre forme de vérité, de sensibilité, mais pour le moment, j’ai encore du mal à le concevoir ». Et à nouveau, Sarah-Lane souligne cet énorme travail d’équipe, saluant le soutien de Barbara dans la préparation de ce nouveau rôle…

Sur scène, Sarah-Lane pétille, transpire la vie, sous le ciel trop sombre d’une Normandie bombardée.  Elle défend les couleurs d’une terre qui ne doit pas plier : « Avant, il y avait une scène, où je disais que la Normandie, c’était la Normandie et que ça resterait la Normandie. Dans ma manière de jouer Rose-Marie, je suis vraiment fière d’être normande. Pour moi, personne ne peut tuer ma Normandie. Si tu ne te raccroches pas à quelque chose, tu meurs psychologiquement, puis physiquement. Cet optimisme qu’elle a, je crois que je le partage ».

« J’ai le rêve de Broadway… »

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Ce côté pétillant, Sarah-Lane le diffuse également dans l’ensemble de ses projets, en parallèle. D’abord, il y a le duo Ma Caille, fondé avec Florent Lebel, il y a trois ou quatre ans. Dans celui-ci, le swing qui plait tant à l’artiste se retrouve aux côtés des textes malins de son acolyte. « On a fait une tournée de presque cinquante dates, qu’on a construit nous-mêmes. Ça nous a bien formés. Avec Ma Caille, j’ai du faire vraiment attention au sens, moins à la mélodie ».  A côté, elle travaille également avec les artistes de Cover Session : « Comme je suis percussionniste, j’ai commencé à faire des rythmes, puis des harmonies vocales ». Pour la suite, Sarah-Lane réfléchit. Elle aimerait d’une part se lancer sur un projet solo, où elle s’appuierait sur les textes d’auteurs qui l’accompagneraient, ou d’autre part, amoureuse des projets collectifs, continuer avec d’autres troupes. « J’ai le rêve de Broadway, je suis franco-américaine, je peux aller travailler là-bas, et j’aimerai vraiment bien. Depuis que je suis gamine, je rêve de chanter et danser en même temps ». A en croire ce qu’elle offre en ce moment, et jusqu’au 26 février, sur la scène du Comedia, nul doute que Sarah-Lane y aurait toute sa place !

À propos de l'auteur

Laurine

Laurine

Rédactrice Musique
Laurine, 25 ans, passionnée par la rencontre des arts d'ici et d'ailleurs. Chargée de production et de diffusion au sein d'une Compagnie en Arts Mêlés, je jongle entre Paris et Caen, toujours à l'affût de nouvelles découvertes. Pour Culturacaen.fr, je suis essentiellement rédactrice musique, chargée des chroniques et des live report, mais je fais également quelques explorations dans les arts de la rue !