Chroniques Musique

Nizhâm – Dayazell

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Lors des 30e Médiévales de Bayeux, Dayazell était notre coup de cœur musical. Après les avoir découverts et rencontrés, nous avons eu envie de poursuivre le périple dans lequel ils nous avaient transportés, en vous parlant ici de Nizhâm, leur deuxième album, sorti en juin.

Nizhâm est un voyage, une caravane dans laquelle on s’installe, au moment où l’album s’élance, et dont on ne descendra que lorsque l’écho de la dernière note se sera dissipé. L’album s’écoute d’une traite, en se laissant porter, avec la délicieuse impression de doucement s’élever au-dessus du sol…

L’album s’ouvre sur Mitt Adertonde Ar, inspirée de deux morceaux traditionnels suédois. La voix d’Isao nous attire à elle, comme un conte qu’elle susurrerait à nos oreilles attentives. Puis le oud de Yann l’accompagne, rejoints ensuite par le son chaleureux et feutré, du ney de Nnay. Au milieu du morceau, les percussions de Guilhem nous entrainent dans une curieuse danse, comme un battement de cœur jaillissant, une grande inspiration. Les instruments se greffent les uns aux autres dans un morceau très introspectif, comme pour planter le décor et nous laisser entrevoir les maillons de cette caravane de sonorités…

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S’ensuit Ya Racha El Fettane, venue d’Algérie. L’esprit et les sons rappellent le coté éclairant et aérien de leur premier opus. On y retrouve le son du nyckelharpa, vielle à archer suédoise dont joue Isao. En live, la beauté de l’instrument lui-même interpelle et intrigue…

Le troisième titre, Ah Nice Bir Uyursun, est un hymne soufi turc, branche mystique de l’Islam. Cistre, nyckelharpa, flûtes et percussions s’entremêlent, dans un ensemble de sonorités qui tintent et scintillent à nos oreilles. Celle-ci est un tourbillon. Quand la voix de Mohamed Amine Tilioua vient se poser, les yeux se ferment. Son chant est ancré, puissant et viscéral. Ses arabesques finissent de nous transcender, les chœurs nous font doucement vaciller. La voix d’Isao finit d’enchanter ce morceau, tour à tour fine, subtile, puis au son de la darbouka, elle s’élève presque comme un râle, un cri intérieur. Polymorphe, celle-ci sublime l’album.

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Hymne catalan du XIVe siècle, Mariam Matrem Virginem, est une polyphonie, rythmée d’un simple tambour. Les voix masculines de Yann, Nnay et Guilhem nous ancrent au sol, quand celle d’Isao nous élève. On oscille entre les deux, dans un flottement entre deux eaux. Une parenthèse, dans celle que constitue déjà l’album…

Sahar nous ramène à des rythmes orientaux, après une longue introduction chantée par Isao, accompagnée d’un surpeti. Alors que les sagattes tintent, que le ney s’élève, la darbouka de Guilhem s’élance, vibrante et joyeuse, franche et entrainante.

Shashkin est comme un réveil, après la torpeur d’Eol, titre où flûte et tambour harmonique se conjuguent. Les percussions donnent le ton, alors que sonnent la multitude de grelots que Guilhem arbore à ses pieds en live. Sur Makéda, seul le son grave et vibrant du oud de Yann s’élève, sur un titre sensible, prenant, émouvant.

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L’album s’achève sur un morceau soufi, Mevlana. Celui-ci danse sur nos cordes sensibles, autant que vibrent celles du violon de Mohamed Amine Tilioua. Violon, flûtes et percussions s’élancent dans une dernière danse envoutante, puis s’assoupissent…

Nizhâm est une parenthèse, un tourbillon virevoltant qui nous enveloppe. Il nous laisse planer, suspendu, à un point d’équilibre où notre conscience s’abandonne, pour un dialogue vibrant de sons à sens. L’harmonie et la douce puissance de cet album, richement inspiré, nous dépose, serein, à la fin du voyage. Nourris, ressourcés, vagabonds…

L’album est à écouter et à commander ici.

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À propos de l'auteur

Laurine

Laurine

Rédactrice Musique
Laurine, 25 ans, passionnée par la rencontre des arts d'ici et d'ailleurs. Chargée de production et de diffusion au sein d'une Compagnie en Arts Mêlés, je jongle entre Paris et Caen, toujours à l'affût de nouvelles découvertes. Pour Culturacaen.fr, je suis essentiellement rédactrice musique, chargée des chroniques et des live report, mais je fais également quelques explorations dans les arts de la rue !