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[Médiévales] Rencontre avec la Compagnie Gueule de Loup

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Lors des 31e Médiévales de Bayeux, la Compagnie Gueule de Loup a investi les rues de la ville, accompagnée de son Dragon de gueule. Jean-Christophe Jehanne, le directeur artistique de la compagnie, nous a accordé un moment pour répondre à nos questions…

Jean-Christophe est un personnage. Inutile de préparer des questions, quand on le rencontre, puisque lui-même raconte, développe, saute d’une histoire à l’autre. Des histoires, il en a une foule à narrer… Alors la sienne, pour commencer. Jean-Christophe est musicien depuis toujours, avec un passage aux Beaux-Arts. « En sortant des Beaux-Arts, j’étais frustré. Là-bas, on t’apprend à imaginer, et quand tu arrives dans la vie, c’est l’horreur, parce qu’alors, on ne te demande pas d’imaginer, mais de faire. Et là, tu t’interroges… C’est la vie ? Moi, j’avais envie de faire un truc qui m’amuse ».

Quand on se renseigne sur la Compagnie Gueule de Loup, on trouve cette description, écrite par Jean-Christophe : « Musique festive, images fortes, humour, authenticité, esprit ludique… rêves d’enfant ! ». Jean-Christophe l’admet : « Je crois que je suis resté un grand gamin… Quand j’ai une idée, je n’arrive pas à l’enlever de ma tête. Le Dragon de Gueule, j’avais cette idée d’un dragon à trois têtes. J’ai pris un papier, j’ai commencé à dessiner, à tracer, à réfléchir aux costumes, à penser à rajouter du feu… Je passe ma vie dans un local au fond du jardin à visser, souder, écrire des chansons et faire de la musique ».

A Bayeux, La Compagnie Gueule de Loup a joué en fixe et en déambulation, accompagnée de son Dragon de Gueule, char à tête de dragon dans lequel s’installe le batteur du groupe. En parallèle, ils développent aussi d’autres thématiques, comme celui des vikings. « On a réfléchi à un bateau. J’ai grandi au bord de la mer, mon grand-père me dit que j’ai des ancêtres normands. Alors j’ai eu l’impression de faire un travail d’art. Tous les costumes, si tu les déplies, tu peux faire des tableaux. C’est de l’art vivant : on mélange l’objet qui va se déplacer et les gens qui le font vivre. Un objet en appelle un autre… ».

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A Bayeux, nous les avons vu, devant le parvis de la Cathédrale, un public attentif massé devant eux. En parallèle, ils ont également déambulé aux abords de l’Hôtel de Ville. « Quand on fait des déambulations, on essaye de s’arrêter à certains moments, et là, un vrai scénario s’enclenche. Nous, on a des chansons, des textes, des histoires à raconter. Le fixe ne donne pas le même rapport. La déambulation, c’est bien aussi. Tu descends dans une ville, il y a un monde fou autour de toi. Tu peux faire coucou à une mamie qui ne viendra pas, mais qui a bien tiré sa fenêtre pour en profiter. Il y a des relations intéressantes… Ce qui est intéressant, dans la rue, c’est que le public n’est pas acquis, il est de passage. Tu fais rêver des gens qui n’iraient pas forcément voir des spectacles ailleurs, ou qui n’iraient pas se balader dans une galerie d’art ».

Chez Jean-Christophe, l’humain prime, par-dessus tout. « Si je fais ce métier, c’est vraiment que j’aime les gens. J’ai adoré travailler dans des maisons de retraite, j’adore être avec des maternelles, jouer pour un SDF au coin de la rue, ou pour des élus. C’est aussi le rôle du troubadour d’être à tous les niveaux. J’ai fait du théâtre, du conte avec des trisomiques cette année. C’était génial… On est parti dans un monde parallèle au nôtre. J’ai même été jouer pour un Noël de militaires, dans une caserne. On est des troubadours, donc on peut se permettre de dire des choses… On côtoie les grands et les petits de ce monde, et ça me plait ! La rue, c’est bien pour cette mixité… ».

Musicalement, la Compagnie Gueule de Loup propose une musique médiévale où les influences rock de Jean-Christophe sont immédiatement perceptibles. A l’origine, celui rencontre Les Pastourelles, qui lui apprennent tout le répertoire médiéval de base, avec les branles. « Je suis d’abord compositeur. J’invente mes chansons. A 90%, le répertoire de Gueule de Loup vient de compositions personnelles. Troubadour, ça vient de trobar, trouver… On est des trouveurs. Je suis content de faire ce métier de trouveur, en partant d’un répertoire de base, entremêlé à toutes les influences que l’on a ».

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Jean-Christophe et ses acolytes proposent un répertoire à la rencontre de ces chemins, une fusion de ces multiples rencontres, « entre les Beaux-Arts, l’invention, les années punk-rock », en ajoutant « Et puis…l’esprit d’équipe ! ». Le voilà, les yeux brillants d’un gamin, à nous raconter la réalité d’une telle vie, au-delà des représentations : « Les copains, le camion, les stations services. Dans ma vie, j’ai eu un accident grave, j’ai arrêté de jouer pendant six mois. Quand on est remonté dans le camion, on s’est arrêté dans une station, et là, je me suis dit « Mais oui…c’est ça qui me manquait, la station service ». On a tous cette même vie. Arrêt à la station service, on se déplie du camion, on va prendre un café, on repart. Et puis le blues du lundi, où tu rentres, bien crevé, et où le quotidien te rattrape. Quand tu rentres, tu as toutes les images qui te remplissent la tête, les spectacles des autres, des visages croisés… On se nourrit de tout ce qui nous entoure ».

Quand on lui dit que, souvent, les spectacles présentés dans les Médiévales sont qualifiés d’animations, Jean-Christophe nous livre son point de vue : « Animer, c’est donner de l’âme aux choses. Ce parvis de la cathédrale, c’est magnifique. Mais quand il pleut, que les gens vont au supermarché plus loin, qu’il y a peu de personnes, l’âme de la ville meurt. Là, il y a de la paille partout, des gens, des commerces. Les gens ont envie de se croiser, de se rencontrer ici. Si on prend ce rôle là, avec donner de l’âme, ça me convient bien… ».

Et pour conclure, Jean-Christophe revient à nouveau sur l’humain. « Avant que j’arrête mon groupe de rock, il y a eu une fois où on a joué à Dijon, devant cinq cent personnes. Tu es loin, tu joues plus avec ton corps qu’avec ton visage. Je voulais aller voir les gens à la sortie, et ils étaient déjà tous sortis, parce que c’était l’heure… j’avais fait un spectacle, sans rencontrer personne. Ca m’a vraiment questionné ». Ensuite, Jean-Christophe rejoint une équipe de conteurs, où il chante, dans de petits théâtres. « J’ai rarement eu autant la trouille. C’était mille fois plus flippant que de jouer aux Eurockéennes ! Plus jamais un concert où tu ne rencontres personne. Je suis là pour rencontrer les gens. Alors donner de l’âme, c’est un sacré métier ! ».

À propos de l'auteur

Laurine

Laurine

Rédactrice Musique
Laurine, 25 ans, passionnée par la rencontre des arts d'ici et d'ailleurs. Chargée de production et de diffusion au sein d'une Compagnie en Arts Mêlés, je jongle entre Paris et Caen, toujours à l'affût de nouvelles découvertes. Pour Culturacaen.fr, je suis essentiellement rédactrice musique, chargée des chroniques et des live report, mais je fais également quelques explorations dans les arts de la rue !