Dossiers En Live Musique

Ce qu’il faut retenir des Papillons de Nuit 2015

P2N

Édition anniversaire pour les Papillons de Nuit. Déjà 15 ans, et un record de popularité en 2014 avec 70 000 festivaliers. Cette année, 65 000 festivaliers sont allés à Saint-Laurent-de-Cuves même avec une programmation un peu plus faible. Du tout bon, et de quoi se régaler musicalement. Reportage.

 

PASSIONS ET ÉMOTIONS

Le festival ouvre ses portes de la meilleure des manières avec monsieur Benjamin Clementine. Pas loin des 2m de haut et vêtu de son grand manteau, le dandy se tient sur un tabouret de bar et nous offre une prestation piano-voix hors du commun. Sa violoncelliste le rejoindra plus tard. Le public est en extase, impossible de rester indifférent. Les reprises de Jimi Hendrix et Charles Aznavour feront office de cerise sur le gâteau. Splendide. On retiendra aussi le charisme débordant de Selah Sue, de retour sur scène après un nouvel album bien plus mûr que le précédent. Ça swing, ça danse, ça groove, le public comme nous est chaviré. On est face à un vrai spectacle avec une mise en scène vraiment bien pensée. Les Alsaciens de Grand Blanc auront, eux aussi, fait chavirer le public normand. Leur univers transporte, interroge et émeut. La musique du quatuor est un véritable exorcisme de leurs sentiments et de leurs angoisses. Un authentique expressionnisme musical. Beau et puissant. La nuit est tombée, et IAM entre en scène sur Thécia. Sans grande surprise, mais sans bouder notre bonheur, les papas du rap français enchaine les grands morceaux qui ont forgés une génération. Tout en énergie contenue, le show fait bouillir la foule, et c’est grandiose. Visiblement, le phénomène Christine & The Queens était particulièrement attendu à Saint-Laurent-de-Cuves. Face à une foule immense, la performeuse continue à tutoyer son public avec un langage qui lui est propre. Les morceaux suivent et nous charment. Et visuellement, il y a de quoi s’amuser entre les danseurs, les magnifiques lumières et la vidéo. Une forte personnalité pour une grande artiste. On termine notre première soirée avec une claque, celle du nouveau live de Superpoze. Tout aussi intense que planant, la performance est exécutée tout en subtilité et en intelligence. L’ensemble des morceaux sont modifiés pour le live et le set s’enchaine de manière fluide et non morceau par morceau. Les sensations face à une telle perle sont grandioses. Une vraie claque et le live le plus abouti à ce jour du producteur.

 
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FÊTE ET PUISSANCE

Le samedi démarre en douceur avec le caennais Malo’ pour une de ses seules dates de l’été. Accompagné de deux excellents musiciens, l’univers du jeune chanteur nous séduit. Une reprise d’Angus & Julia Stone aura eu le mérite de faire monter la température. La prestation de Saint Motel a également séduit, mais de manière plus festive avec un saxophoniste qui a fait mouche. Le public est déchainé et l’ambiance de fête submerge Saint-Laurent-de-Cuves. Malgré un tournant plus electro et posé, Izia reste toujours aussi déchainée sur scène, même avec une robe serrée qui lui donne visiblement chaud. La foule s’excite et partage l’énergie de la jeune artiste. Place ensuite au trio Triggerfinger et leur stoner d’une lourdeur intense. Le son est impeccable, brutal, mais les musiciens gardent une grande classe. Le batteur est déchainé, le chanteur échange beaucoup avec un public déchainé. Joli travail. Un réel succès sur Érébia pour Ibeyi, une grosse prestation bien anglaise pour Carl Barât & The Jackals, mais il est déjà l’heure de l’instant electro du soir. Une vraie puissance sonore pour Carbon Airways qui transporte la foule d’un claquement de doigts. Certaines boucles sont assez monstrueuses et font hurler les immenses enceintes, s’ajoute à cela une vraie présence scénique. Mais le chant faux des jeunes artistes, certains décalages rythmiques et le caractère simpliste de leur musique nous laisseront un arrière-goût désagréable face à un show trop brouillon. La foule est présente en force pour Placebo, groupe culte du mouvement rock-alternatif des dernières décennies. Quand on tape dans les vieux morceaux : c’est efficace, c’est grandiose. Les morceaux plus récents font parfois office de longueurs. Le gros plus : le charisme des deux leaders du groupe, et la voix inimitable de Brian Molko. Rien que pour l’aspect culte, c’était immanquable. La soirée se termine avec le nouveau show de Fakear accompagné de quatre musiciens. Mais ces derniers ne sont présents que pendant à peine la moitié de la prestation, et c’est le gros point faible. Ils apportent un vrai plus à une musique jouée sans grande modification scénique, mais ne sont que peu présents. Le contraste entre les vieux morceaux et les morceaux les plus récents se fait ressentir. En bref, malgré un concert plutôt réussi, il manque une cohérence générale et un aspect spectacle que l’on ne retrouve pas encore chez le caennais.

 
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FAMILLE ET ATMOSPHÈRE CHALEUREUSE

Dernière journée qui débute avec les vainqueurs du tremplin du festival : Beach Youth. Groupe caennais en plein essor, ils affichent une personnalité affirmée sur scène, bien qu’avec la plus grande modestie. Cette musique est savoureuse, le public est transporté, mais les musiciens restent encore assez hésitants et timides, chose qui s’améliorera sans doute avec le temps. Lewis Evans avait quant à lui rendez-vous avec un projet spécial sur Thécia. Le personnage charismatique leader de The Lanskies était accompagné de sa bande habituelle mais également du Orchestra Choir of Love, un groupe de jeunes choristes et d’un jeune orchestre. Le résultat est vraiment agréable et a attiré notre attention. Un moment unique. Il avait suscité quelques controverses lors de son annonce, mais la foule est immense devant son show : Black M s’impose comme le gros nom du jour. Qu’on accroche ou pas à son univers, la prestation est parfaitement assurée et le public est mis à contribution en permanence. Seul point faible, quand l’artiste décide de partir de scène pour laisser à ses camarades du Wati B faire la promo de leur prochain album, on a alors une sensation bizarre de ne plus se trouver devant un vrai spectacle. Sans surprises, Arthur H a assuré une prestation à sa juste mesure : entre poésie et énergie pop, l’artiste réussi encore à captivé toute une foule de manière subtile. On apprend alors que le concert de Ms. Lauryn Hill aura 45 minutes de retard. Une fois sur scène, la chanteuse n’a visiblement pas de retour et panique de manière très expressive, et ce, pendant plusieurs morceaux. En retard et indiscrète, la star s’est fait assez mal voir par le public, on ressort assez mitigé car musicalement, la qualité est là. Rendez-vous alors sur Érébia pour une des plus grosses claques du week-end : Bigflo et Oli. Deux jeunes rappeurs virtuoses venus de Toulouse prêts à en découdre avec le monde du rap français. Les frères cassent les codes, s’engagent pour une meilleure musique et contre les travers de la jeunesse et de ce qui les entour. Avec ça, une énergie époustouflante et une relation intense avec le public. On ne s’ennuie pas et l’heure du concert passe à une vitesse folle. À suivre de très près ! S’en suit une autre claque avec les survoltés de Electro Deluxe. Des musiciens talentueux, un chanteur américain en pleine relation d’amour avec son public et une musique hybride et festive. L’ambiance est bon enfant et on s’amuse à admirer ce spectacle intense. On clôture alors ce festival avec le show très familial de Yannick Noah qui a aussi su ravir des jeunes.

 
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À propos de l'auteur

Pablo

Pablo

Co-fondateur de Culturacaen.fr - Rédacteur Musique
Obsédé de mélodies et de bruits en tous genres. Aimer Jason Derulo, c'est ma plus grosse honte...