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A la rencontre de Nicolas Laurent – Un Eté 44

Nicolas Laurent

Afin de poursuivre nos interviews autour du spectacle Un Eté 44, nous sommes allés à la rencontre de Nicolas Laurent, jeune artiste de dix-sept ans, qui incarne à merveille sur scène le rôle de Petit René, un normand intrépide s’engageant peu à peu dans la Résistance.

Nicolas a plongé très tôt dans la musique. « J’ai pris des cours de chant très tôt, à cinq ans. J’ai aussi pris des cours de piano, à dix ans, en parallèle. Aujourd’hui, je m’accompagne beaucoup au piano. J’ai participé à un tour de chant régional, et c’est là que j’ai rencontré ma prof de chant ». C’est par l’intermédiaire de cette même professeur que Nicolas croise la route d’Un Eté 44. « Je prenais des cours de chant dans un studio à Marseille. Eric Benzi cherchait des jeunes artistes, pour intégrer ce spectacle. Ma professeur de chant lui a parlé de moi. J’ai donc enregistré quelques maquettes ».

« L’avantage, c’est que le spectacle peut vraiment plaire à tout le monde ! »

C’était il y a maintenant deux ans. A cette époque, le projet n’a pas encore l’envergure qu’il a pris aujourd’hui. Au début, on lui parle simplement d’un projet de concert, en Normandie. « J’aimais beaucoup les deux chansons que l’on m’avait fait découvrir, Petit René et L’Amour est tombé. Petit René, j’ai eu un coup de cœur tout de suite pour celle là, dès que j’ai commencé à la chanter ». Peu à peu, l’idée s’est développée, et les auteurs de renom ont peu à peu rejoint l’aventure. « J’ai enregistré la chanson de Jean-Jacques Goldman, Ne m’oublie pas. C’était incroyable : c’était un rêve de gosse de chanter une de ses chansons ! ».

Avant que l’histoire et les personnages ne soient vraiment définis, chaque artiste a posé sa voix sur plusieurs chansons. « J’ai enregistré beaucoup de maquettes, dont Passer la Nuit, qui a été une véritable catastrophe, parce que je n’avais pas du tout la voix adéquate. Je ne me voyais pas du tout la chanter, je n’avais pas du tout la voix adéquate pour l’interpréter, contrairement à l’ampleur que lui donne Tomislav. Même si elle n’était pas pour moi, je l’ai beaucoup aimé ! ». Durant l’interview, Nicolas reconnaît que ses goûts musicaux sont très larges, et pour lui, c’est également l’une des forces de ce spectacle. « L’avantage de ce spectacle, c’est qu’il y a plein de styles variés : on passe d’un côté variété française, avec Petit René, un peu musette, à d’autres, plus jazz, comme Bonne idée ce D-Day ou 2436 pianos. Et puis le côté rock, avec Passer la Nuit. Il y en a pour tous les goûts, c’est une bonne chose pour ce spectacle. L’avantage, c’est que le spectacle peut vraiment plaire à tout le monde… »

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« Je suis né un 8 mai…C’était un signe ! »

A l’instar de ces acolytes de scène, Nicolas s’est très vite senti proche du thème développé par le spectacle. « Mon arrière grand-mère m’en parlait beaucoup. Comme je suis de Marseille, elle me parlait beaucoup du Débarquement de Provence. Ils étaient paysans, elle me racontait que les agriculteurs se cachaient dans les campagnes. En plus, je suis né le 8 mai… C’était un signe ! ». Pour approfondir sa connaissance de cette période de l’histoire, et se rapprocher de son personnage, Nicolas s’est beaucoup documenté. « Ca a aussi été un vrai travail de recherche, pour le personnage. Je me suis renseigné sur les conditions de vie, pendant l’Occupation. Comment cela se passait ? Qu’est-ce qui poussait quelqu’un à se rebeller ? Etre résistant, en 1944, ça signifiait quoi, précisément ? ».

En juin dernier, Nicolas s’est lui aussi immergé sur les terres mêmes de cette histoire, lors du passage de la troupe en Normandie, à Bayeux, à Caen, à Argentan, à Sainte Mère Eglise… Nicolas se souvient de la visite du Cimetière Militaire Américain de Colleville, qu’il a trouvé « vraiment oppressant. Toutes ces croix alignées, c’est tellement grand, tellement inimaginable… ». Et puis les plages… « On est allé sur la plage d’Omaha Beach, pour tourner quelques scènes. Elle est immense, je n’ai jamais vu une plage aussi grande, avec aussi peu de monde. Ca m’a vraiment fait quelque chose… Je ressentais un décalage : il y a des gens qui sont morts ici, alors comment ça peut être aussi si beau aujourd’hui ? Ca m’a beaucoup touché… »

En septembre, toute l’équipe s’est retrouvée pour entamer les répétitions, et le travail théâtral. « Comme nos personnages nous ressemblent vraiment, on ne partait pas de rien. Je n’avais jamais fait de théâtre, donc pour une première fois, c’était bien de pouvoir mettre en peu de moi dans chacune des répliques ». Nicolas partage d’ailleurs plusieurs points communs avec son personnage : « Petit René est quelqu’un de très déterminé. Je suis un peu comme ça, même parfois un peu trop. Je suis quelqu’un d’assez protecteur, comme lui. C’est lui qui protège sa cousine et ses amies pendant la guerre. Elles ont peu de contact avec l’extérieur, et c’est lui qui sort de la cave, qui est plus conscient de la réalité dehors ».

« On exposait enfin quelque chose de très intime »

Malgré la proximité avec Petit René, Nicolas reconnait que les répétitions ont été parfois difficiles, et en profite pour nous raconter un souvenir du travail avec Anthony Souchet, le metteur en scène : « Le début de l’acte II, le départ de Petit René, ça a été la scène la plus dure pour moi, dans la justesse. C’est assez inhabituel de se dire « je m’en vais, j’entre dans la Résistance ». Je n’avais aucune idée de comment dire cette chose là. On a beaucoup été aidé par Anthony Souchet, le metteur en scène. Il nous faisait écrire des lettres. J’ai du écrire une lettre au personnage d’Yvonne, pour lui dire que j’étais bien arrivé à Paris. J’ai écrit une première version, au moment où je passais mon bac de français. Elle était belle, avec des alinéas, bien écrite, sans fautes d’orthographe, avec des jolies phrases. Anthony Souchet m’a dit « Mais, je t’avais demandé d’écrire comme Petit René l’aurait écrite ! ». Petit René, c’est peut-être celui qui est  le moins allé à l’école, comme il aidait son père à la ferme. Alors j’ai écrit une deuxième lettre, complètement affreuse, avec plein de phrases mal tournées, et là, on y était, ça ressemblait vraiment à une lettre de Petit René ». Sur scène, Nicolas incarne si bien Petit René qu’on en oublierait presque qu’il ne s’agit là que d’un rôle…

Après plusieurs semaines de répétitions à Maisons Alfort, il a fallu intégrer le Comedia, à Paris. Changement de lieu, d’ambiance. « A Maisons-Alfort,il n’y avait pas de décor, alors on faisait semblant de descendre les escaliers… On a tout construit là-bas, dans une cave, sans voir la lumière du jour. Le plus perturbant, c’était d’arriver ici, au Comedia. Là-bas, on était avec Anthony Souchet, qui nous a beaucoup soutenus. Il nous a beaucoup aidés à construire tout un univers, autour des personnages. En arrivant ici, on n’avait plus les mêmes repères. On a eu une vraie cave, des gens qui nous regardaient répéter. On exposait enfin quelque chose de très intime. On devait trouver d’autres repères, en faisant beaucoup de filages ».

Nicolas est là, tout jeune, avec pourtant une étonnante maturité, et une vraie conscience de l’aventure dans laquelle il s’est embarqué. « Je pense que je l’aurais très mal vécu, si ça avait été une très grosse comédie musicale, avec une équipe qui fait trois cents personnes. Là, au total, on est une cinquantaine. Je connais les prénoms de tout le monde. A Noël, on a échangé des prénoms, et on s’est offert des cadeaux. C’est très familial, je me sens très entouré ». En pénétrant dans les loges du Comedia, cette atmosphère familiale et chaleureuse se perçoit, au premier coup d’œil. La bienveillance que tous se portent est touchante. Il n’y a qu’à voir Barbara Pravi entrer dans la loge, durant l’interview, et saluer Nicolas, en le prenant dans ses bras, et l’appelant affectueusement « P’tit René ». « Et puis, cette aventure est dingue, j’adore ce que je fais. On a beaucoup de chance d’avoir des chansons écrites et composées par de tels artistes ».

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« Faire des Zéniths à 17 ans : je n’y aurais jamais cru ! »

Quand on l’interroge sur les chemins qu’il aimerait prendre dans le futur, Nicolas ne perd rien de son enthousiasme : « J’aimerai garder ce rapport à une troupe… Je voudrais que ça dure toute la vie ! Et en même temps, j’aimerai développer un projet solo. D’ailleurs, j’écris, je compose… J’aimerai peut-être aussi faire une école, par la suite, pour développer ce rapport à l’écriture, à la composition. Mon univers musical se rapproche plus de Passer la Nuit. J’aime beaucoup les autres styles qui composent Un Eté 44, mais ce n’est peut-être pas la direction que je prendrais par la suite. Ceci dit, j’adore la variété française. Petit, j’aimais beaucoup Edith Piaf. Mes parents écoutaient les choses les plus connues, Céline Dion, Jean-Jacques Goldman, Michel Berger…  En grandissant, j’ai commencé à écouter des choses plus récentes. Aujourd’hui, j’aimerai bien me diriger vers de la pop, voire dancefloor, électro… Bon, le côté dancefloor, dans Un Eté 44, c’est un peu difficile ! ».

Alors, à l’issue des représentations au Comedia, Nicolas s’élancera dans cette tournée des Zéniths, qui permettra d’exporter ce spectacle hors de Paris. « J’ai très hâte de faire découvrir ce spectacle à ceux qui n’ont pas pu venir à Paris. En plus, en tant que marseillais, je sais comment ça se passe, pour les provinciaux. C’est toujours dur d’aller voir des spectacles à Paris… Faire des Zéniths, à 17 ans : je n’y aurais jamais cru ! ».

À propos de l'auteur

Laurine

Laurine

Rédactrice Musique
Laurine, 25 ans, passionnée par la rencontre des arts d'ici et d'ailleurs. Chargée de production et de diffusion au sein d'une Compagnie en Arts Mêlés, je jongle entre Paris et Caen, toujours à l'affût de nouvelles découvertes. Pour Culturacaen.fr, je suis essentiellement rédactrice musique, chargée des chroniques et des live report, mais je fais également quelques explorations dans les arts de la rue !