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Artothèque Caen – Sans tambour ni trompette

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L’été, pendant les vacances, on pense plus à boire un mojito les doigts de pieds en éventail plutôt que d’arpenter les allées d’un musée, mais laissez-vous tenter par la nouvelle exposition de l’artothèque de Caen. « Sans tambour ni trompette » est le chapitre 2 d’une volonté de réflexion contemporaine sur la guerre, pensée par Julie Crenn pour le centenaire de la grande guerre. Le chapitre 1 s’était tenu à la Graineterie de Houilles en région parisienne en 2014, et se démarquait des commémorations déconnectées du présent.

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Pour ce chapitre deux, rien de mieux que nos terres normandes, hauts lieux de mémoires de guerre et de commémoration. Les commémorations de la grande guerre, comme point de départ à la réflexion, a donné un tourbillon de questionnement sur la Guerre en général. Les œuvres présentées ici sont autant de lutte contre l’indifférence, l’ignorance et l’oubli. La grande guerre renvoie aux autres conflits qui ont émergé depuis, et les œuvres, touchant des périodes différentes, se font écho.

Dès l’entrée, avant d’avoir franchi le seuil du Palais Ducal, une œuvre nous interpelle. Les photographies de Erwan Venn, manipulant les clichés de son grand-père au passé trouble, nous plongent dans une aventure familiale pleine de non-dits, de lourds secrets, et les silhouettes fantomatiques des personnages sans têtes ni membres sont tout autant de cicatrices de blessures de guerre comme dommages collatéraux. Les non-dits sont présents dans les œuvres de Giulia Andréani. Par ses images travaillées comme des photographies peintes, cette artiste redonne une place aux femmes, bien souvent oubliées de l’histoire de la guerre, alors qu’elles ont dû prendre le rôle des hommes à l’arrière.

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Erwan Venn, La Mariée, 2014

On dit que du pire bien souvent naît le meilleur. C’est ce que l’on peut dire de l’œuvre de Léa Le Bricomte, qui mêle douilles d’obus et mandalas. Le bruit des bombes laisse place à l’apaisement, par le possible chant de ces armes par des musiciens, similaire au son des bols tibétains. Un ying et un yang reconstitué. Cette accumulation d’obus jouxte une collection un peu particulière. Le mur des sols de la guerre, de Régis Perrey, ne peut laisser indifférent. Même si nous sommes noyés d’images au quotidien, biberonné à la violence entre GTA et chaines d’infos, il est encore heureux de voir le malaise et le dégout dans nos réactions. Sur ce mur se mêlent cartes de territoires aux frontières flottantes au gré des conflits et images de sols jonchés de cadavres ou de plaies béantes d’obus.

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Léa Le Bricomte, Sounds of war, 2014

L’horreur comme fil rouge de ces guerres, qui pour un bout de sol, pour une idéologie, tuent. La question de la blessure, tant physique que psychologique, est évoquée par plusieurs artistes dans cette exposition. Et notamment les sculptures en mousse expansive de Delphine Pouillé, qui jouent sur l’après-guerre et la reconstruction des corps, avec ses Gueules cassées suturées, amputées, protesées. La blessure psychologique, on la retrouve dans l’évocation de la mémoire, douloureuse, par le travail de Morgane Denzler. Avec la lecture par des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer de photographies trouvées sur un marché, elle créée des puzzles. Ces derniers, reconstitué ou non, deviennent la métaphore d’une histoire en pointillés, retrouvant les non-dits et l’histoire trouble des artistes cités auparavant. La petite histoire dans la grande. Enfin, les énigmatiques tableaux retournés de Raphael Denis, avec la loi normale des erreurs, nous laisse plein d’interrogations. Il chine des cadres qui ont l’exacte dimension de tableaux spoliés durant la guerre.

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Raphaël Denis, Laloi normale des erreurs, 2014

La commémoration de la grande guerre, aura montré que la der des ders est toujours d’actualité. La guerre reste la guerre, quel que soit son motif de départ. Cette actualisation du thème, se retrouve parfaitement dans l’œuvre de Kader Attia. Avec The repair, union d’une balle et d’une plume de stylo, on pense aux longues lettres des poilus, témoignages capitales de cette guerre. Mais on ne peut ne pas penser aux évènements du 7 janvier.

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Kader Attia, The Repair, depuis 2012

Qu’il pleuve ou que vous cherchiez un coin de frais, il y a toujours une bonne raison d’aller au musée ! Et cet été, ça bouge à l’artothèque ! Les derniers samedis de chaque mois, à 15h, venez faire les samedis de l’art, avec une visite commentée (même si les médiateurs se font un plaisir de partager les secrets de l’expo aux heures d’ouverture). Rendez-vous les 25 juillet, 29 aout et 26 septembre.

Point famille : la bonne idée de l’artothèque qui offre aux familles un livret jeux ludique pour aborder ce thème grave avec des enfants. Je déconseille seulement le mur des sols de la guerre, les images pouvant choquer le jeune public.

L’artothèque, c’est au Palais Ducal, Impasse Duc Rollon, 14000 Caen
Exposition à voir jusqu’au 26 septembre, du mardi au samedi de 14h à 18h30.

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À propos de l'auteur

Jane

Jane

Rédactrice Expositions
Jane, créatrice de l'entreprise de médiation culturelle "Quel art est-il?". Passionnée d’art (mais pas que!) et diplômée d’un Master en histoire de l’art et architecture, je vais vous donner envie de découvrir les musées et vais vous faire passer de l'autre côté du tableau avec la rubrique expos.