Divers Rencontres

Rencontre avec Nérac/Un été 44

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Du 4 Novembre au 26 Février, le spectacle musical Un Eté 44 s’installe au Comedia, à Paris. Dans ce cadre, nous avons rencontré Nérac, l’un des dix huit auteurs compositeurs ayant collaboré sur ce projet.

Nérac nous raconte qu’Un été 44 est né d’une idée originale de Sylvain Lebel, « un auteur originaire de Caen, qui a écrit pour Serge Reggiani, Hélène Ségara, Céline Dion, quelqu’un d’important dans la chanson française ». Celui-ci s’est entouré de nombreux auteurs compositeurs, parmi lesquels Alain Chamfort, Maxime Leforestier, Jean-Jacques Goldman, Jean Fauque, co-auteur de « La Nuit je mens », Charles Aznavour

A l’origine, « ce projet était sensé raconter l’histoire des anonymes, le Débarquement en  Normandie, vu par les anonymes, les civils, les histoires un peu à part. Un certain nombre de chansons a été écrit, sans qu’il ait de lien entre elles, comme des tableaux ». Nérac avait alors écrit deux chansons, et son rôle, dans ce projet, devait s’arrêter là. « Et puis, Valéry Zeitoun [producteur du spectacle] est arrivé dans le projet. Il a voulu en faire une histoire. Avec Anthony Souchet, le metteur en scène, ils ont pris toutes les chansons, pour en faire une histoire cohérente, avec des personnages, pour en faire quelque chose qui se rapproche plus de la comédie musicale, même si on parle de spectacle musical».

Grosses productions ou spectacles intimistes, les comédies musicales fleurissent, depuis une décennie, prenant régulièrement comme ancrage une thématique historique, mise en scène et racontée en chansons. Pour Nérac, la singularité du projet est multiple. « Il y a beaucoup d’auteurs compositeurs différents, qui ont écrit des chansons qui n’étaient pas sensé raconter une histoire. Il y a aussi beaucoup de jeu d’acteurs, tout n’est pas chanté. Et puis il y a des musiciens en live sur scène…. Le projet est singulier, parce que ce n’est pas une adaptation, c’est une histoire originale. Ca se démarque aussi des comédies musicales, ce n’est pas l’adaptation d’un roman. Ce sont plus des histoires d’anonymes, assez intimistes. Et puis le casting des auteurs… Je me souviens d’une première réunion, à la Sacem, il y a un peu plus de deux ans, j’étais le petit poucet ». Nérac nous raconte brièvement cette première rencontre, où, entouré de Jean Fauque, Alain Chamfort et les autres « grands », il leur a fait écouté le titre qu’il avait écrit, Lili sans sommeil. « Je n’en menais pas large ! ».

Pour intégrer ce projet, Nérac a été approché par Eric Benzi, le directeur musical, une connaissance de longue date. « Eric Benzi, c’est quelqu’un avec qui je travaille depuis presque dix ans. Il m’a aidé sur certains disques, on a fait des projets ensemble, on animait des masterclass ensemble ». Il rejoint le groupe des dix huit auteurs compositeurs ayant travaillé sur ce projet. Nérac a écrit deux chansons. « L’une des deux n’apparaît plus dans le spectacle, parce qu’elle ne rentrait pas dans l’histoire, et puis une autre chanson, Lili sans sommeil, sur une poupée perdue, la perte de l’enfance et de l’innocence au milieu de la guerre. Cette thématique me touchait particulièrement. ».

Le livret du spectacle a été écrit par Anthony Souchet, metteur en scène, et Valéry Zeitoun. Ensuite, Nérac est parti de leur travail pour écrire les dialogues des différents personnages, sur les parties jouées. « Cet été, j’ai travaillé avec Anthony Souchet et Valéry Zeitoun, qui ont pris toutes les chansons, pour en faire une histoire. Il y a eu un vrai travail artistique, de créer des personnages, de les caractériser. A chaque fois, Valéry Zeitoun m’expliquait précisément ce qu’il se passait, quelle était la situation, et je travaillais sur leur mise en dialogue, pour donner de la vie, que ça devienne quelque chose d’humain ». Nérac souligne également que sa rencontre en juin avec les interprètes du spectacle, avant son entrée en écriture, a été bénéfique. Il les a écouté, a gardé « leur manière de parler dans l’oreille ».

En effet, en juin dernier, les six interprètes sont venus à Bayeux, le 6 juin, pour présenter en live une dizaine de titres. Quelques jours plus tard, un showcase était organisé au Mémorial de Caen. Comme une évidence… « Pour Valéry Zeitoun, il n’y avait aucun intérêt à présenter Un été 44, qui se passe en Normandie, ailleurs qu’en Normandie. Pour lui, faire les premiers showcase à Paris n’avait pas de sens. C’est un spectacle populaire. Pour lui, le spectacle ne peut pas se faire sans les Normands. Si quelqu’un qui est normand, dont les parents ou grands parents ont vécu cette histoire, écoute ces chansons, voit ce spectacle, et ne se sent pas concerné, c’est que l’on s’est trompé ». A l’inverse, à l’issue de ces quelques escales normandes, les premiers échos du public se révélaient positifs. Nombreux étaient ceux qui, à l’écoute des différents morceaux, retrouvaient les histoires de leurs parents, grands-parents…

Nérac le répète, en souriant : « On sait bien que ce spectacle a été monté à l’envers ! ». Valéry Zeitoun et Anthony Souchet sont partis des chansons, déjà écrites, pour créer une trame, une histoire, des personnages que le public va suivre, du Débarquement de juin 1944, jusqu’à la Libération de Paris. Pour Nérac, « Quelque part, le spectacle ne pouvait pas exister autrement. Le fait d’être parti des chansons oblige à ouvrir, à explorer davantage. Les Rochambelles, les Québécois,  ne seraient pas forcément arrivés dans l’histoire, s’ils n’avaient pas eu une chanson à la base qui leur était consacrée ». Le spectacle s’est enrichi de cette construction peu commune.

De cette genèse particulière découle un projet attrayant, que l’on prendra plaisir à aller découvrir en novembre, au Comedia. Sans rien connaître des interprètes, parfaits inconnus, on se laisse séduire par l’idée originale de ce spectacle musical, où les petites histoires rejoignent la grande. Normands habitués à fréquenter et respirer les lieux ayant été le théâtre du Débarquement, on se sent plus que concerné par l’histoire que contera cette nouvelle création…

À propos de l'auteur

Laurine

Laurine

Rédactrice Musique
Laurine, 25 ans, passionnée par la rencontre des arts d'ici et d'ailleurs. Chargée de production et de diffusion au sein d'une Compagnie en Arts Mêlés, je jongle entre Paris et Caen, toujours à l'affût de nouvelles découvertes. Pour Culturacaen.fr, je suis essentiellement rédactrice musique, chargée des chroniques et des live report, mais je fais également quelques explorations dans les arts de la rue !