Divers Rencontres

Rencontre avec Armutan

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Après avoir rencontré Guilhem Puech, l’un des artistes de la compagnie Armutan, aux Médiévales de Bayeux, nous l’avons retrouvé à Evreux, le week-end dernier. Avec lui, nous sommes revenus sur le parcours et les spectacles de cette compagnie.

Armutan est une compagnie de reconstitution, d’animation et de spectacles historiques qui développe pas moins de six thématiques, allant du Far West à l’Espagne Arabo-Andalouse, en passant par les Explorateurs des années 30. Pour chacune d’elle, un campement complet est installé, espace immersif où les spectacles croisent les ateliers pédagogiques. A Evreux, Armutan est venu présenter Les Naufragés de l’Inféri, leur projet pirate, première thématique à avoir été développée par la compagnie, il y a dix ans. « L’impulsion de base, pour créer Armutan, c’était de créer un spectacle pirate ».

En découvrant les propositions artistiques de cette compagnie, nous sommes frappés par leur richesse. Le théâtre s’entremêle à la création musicale, les ateliers participatifs se conjuguent au pluriel. Guilhem Puech et Christophe Caverivière, jouant le rôle du Capitaine Barbepeste, viennent tous deux du milieu des fêtes médiévales. « L’idée, c’était d’importer ce qui peut se voir sur certaines fêtes médiévales, où les arts sont mélangés, parfois sur un même espace, en gardant cette idée de campement de vie, avec des artisans, des ateliers pour les enfants, pour les adultes, et puis des spectacles dans plusieurs disciplines. Il s’agissait d’importer cette façon de travailler, vers d’autres thématiques où cela n’existait pas, par exemple les Pirates, ou le Far West…».

L’équilibre entre les spectacles et les ateliers permet d’allier l’aspect ludique au pédagogique. Au sein du campement, les yeux des plus jeunes s’ouvrent en grands, débordants d’interrogation, émerveillés. D’un côté, on les entend questionner le Capitaine, de l’autre, dague au poing, se mesurer à l’un des pirates. Les adultes suivent, non moins curieux. C’est tout l’art d’Armutan : savoir parler et transmettre, aux petits et aux grands, durant les ateliers, faire rire et danser sur leurs propositions théâtrales et musicales. « Cela rajoute du sens : pouvoir attiser l’envie, le goût de l’Histoire, pouvoir faire passer certaines informations, comme sur le campement Arabo-Andalou. Le but, c’est que les gens ne soient pas là uniquement pour s’amuser, ils en profitent aussi pour apprendre des choses, et ils sont vraiment en demande. C’est rassurant. Généralement, ils sont surpris de voir des comédiens et musiciens, se positionner sur un atelier et avoir du contenu, des informations à leur transmettre… ».

 Pour Guilhem Puech, dans ce travail de création, « la partie écriture est vraiment la plus délicate. Arriver à écrire des scénettes de trente minutes qui nous donnent envie, qui vont être pertinentes pour un public familial, enfants, adultes confondus, qui vont être jouables, réalisables aussi d’un point de vue logistique, technique, ce n’est pas évident ». Chez Armutan, la création est collective. Ceux qui s’investissent dans le spectacle en sont les auteurs. Ensuite, au sein de la compagnie, les artistes se conseillent, se donnent des retours, pour peaufiner cette écriture. De plus en plus, ils choisissent de faire appel à des regards extérieurs, pour travailler la mise en scène ou la direction d’acteurs, et trouver ainsi la justesse nécessaire.

Pour chaque nouvelle thématique, les artistes réfléchissent aux ateliers qui peuvent correspondre « à l’esthétique, au thème, pour avoir des éléments participatifs, ludiques, théoriques. Sur la thématique des pirates, il paraissait évident de faire un atelier d’escrime. On avait aussi envie de parler de la vie des pirates, du XVIIIe siècle, de la géopolitique de l’époque, donc nous avons fait un atelier autour du Capitaine pour en parler ». Ensuite, ces ateliers sont répartis entre les différents membres de la Compagnie. « Certains sont capables d’ingérer beaucoup d’informations historiques, de les mettre en forme, de les retransmettre, d’autres sont plus à l’aise sur les ateliers participatifs ou les arts plastique ».

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Au sein du projet pirate, nous avons également découvert le Barbepeste Official Orchestra et ses joyeuses sonorités irlandaises. Celles-ci sont arrivées d’elles-mêmes. « Le répertoire n’était pas une décision en amont, avec une idée précise de ce que l’on allait travailler, mais plutôt selon ce qui nous plaisait, au fil des rencontres humaines, avec les instruments de chacun. Sur les pirates, on n’a pas de traces. On sait qu’il y avait des musiciens sur les navires, qu’ils ne participaient pas au combat, qu’ils étaient plutôt bien payés, et qu’ils étaient là, soit pour distraire l’équipage, soit pour jouer pendant les abordages ». Ils se sont alors interrogés sur ce qui pouvait être joué, au XVIIIe siècle. Ils ont puisé leur répertoire dans des thèmes traditionnels de toute l’Europe. « Sur l’album Bootleggers, on est venu les métisser avec des instruments du monde, d’autres rythmiques, du balafon, des percussions. Il s’agissait d’équipages très métissés, venus d’un peu partout en Europe, mais aussi d’anciens esclaves africains, des pirates barbaresques de Méditerranée, des Amérindiens. S’ils étaient trois mois en mer, avec des instruments, cela devait forcément créer des bœufs un peu improbables, et on avait envie de retranscrire cette idée là. Le but, c’était de respecter les instruments, de donner ce côté un peu métissé, un peu world, comme cela devait se faire à l’époque, et de mettre une énergie un peu rock, pour que ce soit bien participatif. ».

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A l’évocation de la multitude de thèmes développés par Armutan, le sourire de Guilhem s’élargit. « Si nous faisions la musique que l’on fait dans Dayazell, cinquante dates dans l’été, on le défendrait avec beaucoup moins de conviction que quand on le fait quinze ou vingt fois. Je trouve ça plutôt nourrissant… Sur le Far West, on a un line up complètement différent. Je suis à la guitare, au chant… C’est du travail, mais cela donne envie, cela nous nourrit, et en musique, les choses sont reliées entre elles. Si je dois travailler le chant sur le Far West, cela me permettra de chanter peut-être un peu plus sur Dayazell ».  Artiste insatiable, toujours à la recherche de nouveaux horizons à explorer…

Des projets, Armutan en a plein sous le tricorne, sur le moyen et le long terme. En dix ans, ils ont développé six thématiques, qu’ils aimeraient encore peaufiner, en terme d’artistique, de logistique et de décor. Ayant crée, il y a quelques années,  un projet basé sur l’œuvre de Jules Verne, intitulé Le Détour du Monde en 80 jours, ils aimeraient le reprendre, le développer, pour en faire une création indépendante, sans atelier ni campement. Pour les années à venir, d’autres thématiques sont déjà envisagées, comme un campement viking, « pour faire plaisir aux normands ! », ou un projet post-apocalyptique, axé sur l’écologie et le développement durable. « On aimerait aussi développer Dayazell sur d’autres réseaux, aller vers les réseaux de musiques du monde, de musiques sacrées. On aimerait organiser une tournée sur tout le bassin méditerranéen, en jouant à chaque fois avec des groupes issus des villes où nous aimerions passer… ». Milles projets, et autant de perspectives qu’il faudra suivre, pour cette compagnie à la créativité voyageuse, cherchant constamment à éveiller quelques lumières, des sourires, et autant d’éclats de curiosités…

À propos de l'auteur

Laurine

Laurine

Rédactrice Musique
Laurine, 25 ans, passionnée par la rencontre des arts d'ici et d'ailleurs. Chargée de production et de diffusion au sein d'une Compagnie en Arts Mêlés, je jongle entre Paris et Caen, toujours à l'affût de nouvelles découvertes. Pour Culturacaen.fr, je suis essentiellement rédactrice musique, chargée des chroniques et des live report, mais je fais également quelques explorations dans les arts de la rue !