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[Médiévales] Rencontre avec Dayazell !

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Rencontrer Guilhem, et l’écouter nous parler de Dayazell, c’est déjà un peu partir en voyage, avant même qu’une note ne s’élève, comme un périple le long de la Route de la Soie.

Il commence par nous expliquer l’origine du nom de ce groupe. Dayazell signfie « celui qui repousse le mal ». Rien d’étonnant alors, à les voir diffuser autant de lumière dans leurs arabesques musicales… Dayazell est l’un des projets artistiques défendus par la Compagnie Armutan. A l’origine, le groupe proposait une musique médiévale du bassin méditerranéen. Peu à peu, ils ont repoussé leurs frontières, historiques et géographiques : « Ensuite, on est parti plus loin, en Mongolie, en Arménie, récemment en Suède. On se définit plutôt comme musiques du monde maintenant ». L’important pour eux reste de jouer le son qui leur plait, celui qu’ils ont réellement envie de jouer. Guilhem le reconnaît, sur un tel événement, les journées sont chargées, alors « autant que ce soit pour défendre quelque chose auquel on croit vraiment ». En les découvrant en live, l’authenticité de leur démarche et de leur musique transparaît, de manière évidente.

Leur groupe est un vrai collectif. Ils sont quatre, Isao, Yann, Nnay et Guilhem. « On ne joue jamais un morceau si on n’est pas tous les quatre en accord. Pour la partie musicale, c’est vraiment un travail à quatre, à l’équilibre systématiquement. Il y a un peu un travail de dentelle ». A la découverte de leur répertoire, nous lui avons demandé l’origine des morceaux joués. Il nous raconte : « Les thèmes mélodiques sont soit des thèmes médiévaux, anciens, dont les partitions ont été retranscrites, soit des thèmes traditionnels, issus de la tradition orale ou qui ont déjà été joués. En général, on isole la ou les phrases mélodiques et on oublie tout le reste. On reconstruit à partir de là. Dans un morceau, il arrive qu’il y ait deux phrases d’un thème, et que les cinq minutes qui suivent, ce soit vraiment un développement qu’on ait construit, en prenant une polyrythmie de tel pays, une ligne qu’on a écrite au oud ou au nyckelharpa, et qu’on vienne poser des chants par-dessus. »

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Leur musique est un croisement de route, d’influences, de parfums, et d’images venus des quatre coins du monde. Chacun fait sonner plusieurs instruments, différents types de flûtes, de percussions, un nyckelharpa, du oud, du cistre…A la fin des morceaux, le public, curieux, les interroge fréquemment à ce sujet.  « Je trouve ça chouette de jouer un morceau arabo-andalou, et à la fin, d’expliquer qu’on l’a joué avec une vielle à archet suédoise, faire un morceau chrétien avec des instruments du monde arabe… ».  Avec Dazayell, les mondes se croisent et s’entremêlent, dans un dialogue évident et naturel.

Guilhem nous explique qu’outre la technique, ils comptent sur leur investissement émotionnel, « en essayant d’être vraiment le plus sincère, de se donner et de s’écouter entre nous, d’offrir une jolie bulle ». En live, leur musique est mystique, et sous des airs de douceur, n’en reste pas moins percutante, vibrante. Quand la voix d’Isao s’est élevée, dimanche, dans la cathédrale, on y trouvait quelque chose de saisissant. Les jolies sonorités de son nyckelharpa continuaient de prolonger le voyage…Dans chaque morceau, le quatuor diffuse ce joli supplément d’âme, qui rend leur propos tellement juste et sincère. On les écoute, les yeux fermés, prêt à les suivre, dans leurs milles contrées…

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A l’inverse de beaucoup de groupes de musique, dans le milieu médiéval, Dayazell offre des morceaux plus calmes, un « petit son » selon Guilhem. « Ce n’est pas de l’énergie brute et très généreuse » contrairement à beaucoup d’autres compagnies. « Il y a quelques groupes, les Tornals, Aouta, Tempradura et Saboï, qui restent les maîtres incontestés du gros son mystique, mais il y en a peu qui vont chercher ça. Nous, on amène quelque chose de plus tranquille. Même en rue, hier, dans une rue passante, il y avait cent cinquante personnes dans le cercle, qui n’ont pas bougé et qui étaient très attentifs ». A l’évocation de leur planning de représentations, soit quatre le samedi, et trois le dimanche, il le répète à nouveau : « Je ne pourrais pas déployer cette énergie avec quelque chose qui ne me fait pas envie, je n’y arriverais pas ».

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Aujourd’hui, Dayazell a deux albums à son actif, un premier, regorgeant de titres plutôt enjoués et aériens, et un second, plus mystique, plus ancré et aussi plus cohérent. « Ca faisait longtemps que j’avais envie de faire un album comme ça, comme un voyage, du début à la fin. Dans cet ordre là, il y a un vrai suivi, avec Isao qui chante toute seule son texte suédois, et les choses qui se greffent une par une. Et là, je suis parti, j’ai des couleurs, des ambiances, ça me parle bien… ».

Tout comme les membres de la Compagnie Aouta, Guilhem termine en nous confiant son plaisir de jouer à Bayeux : « Il y a une très belle programmation. Il y a 600 fêtes médiévales en France, on n’y trouve pas toujours ce niveau de programmation ! ». Pour cette trentième édition, on se souviendra encore longtemps de ces ondes orientales, que Dayazell a diffusé au fil des rues bayeusaines jusqu’à illuminer le parvis de l’Hôtel de Ville…

 L’album est à découvrir ici.

À propos de l'auteur

Laurine

Laurine

Rédactrice Musique
Laurine, 25 ans, passionnée par la rencontre des arts d'ici et d'ailleurs. Chargée de production et de diffusion au sein d'une Compagnie en Arts Mêlés, je jongle entre Paris et Caen, toujours à l'affût de nouvelles découvertes. Pour Culturacaen.fr, je suis essentiellement rédactrice musique, chargée des chroniques et des live report, mais je fais également quelques explorations dans les arts de la rue !