Divers Hors les murs

22e Prix Bayeux-Calvados des Correspondants de Guerre

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Toute la semaine, le cœur de Bayeux a battu au rythme du Prix Bayeux-Calvados des Correspondants de Guerre. Pour la 22e édition, l’événement a de nouveau rendu hommage à la démocratie et à la liberté de la presse.

Nous étions mille cinq cents, hier soir, pour assister à la cérémonie de clôture. Grâce au soutien accru de la Région Basse-Normandie, le chapiteau blanc s’est encore agrandi, ce qui ne l’a pas empêché de faire encore une fois salle comble. D’années en années, le Prix Bayeux-Calvados fidélise son public. Patrick Gomont, maire de la ville, a souligné la hausse de fréquentation sur tous les lieux et rendez-vous de l’événement. La veille encore, la soirée Grands Reporters, consacré à l’Etat Islamique, n’a laissé que peu de sièges vides.

« Essayer de savoir. Essayer de comprendre. Essayer d’agir ».

« La guerre est venue jusqu’à nous ». En reprenant les mots prononcés jeudi par Riss, nouveau directeur de la publication de Charlie Hebdo, Patrick Gomont est revenu sur le dévoilement de la stèle 2015 au Mémorial des Reporters. Soixante six noms gravés dans la pierre, pour cette seule année. Soixante six journalistes, morts pour avoir voulu informer, témoigner, ne pas laisser le silence enfouir la réalité.

Pour cette nouvelle édition, trois cent cinquante journalistes ont répondu présents. Pour Jean-Léonce Dupont, président du Conseil Départemental, le but de ce Prix est « d’essayer de savoir, essayer de comprendre, essayer d’agir ». Pour ce faire, les regards se croisent tout au long de la semaine, la parole circule, au fil de débats et de rencontres, avec la volonté renouvelée d’associer toujours plus le public scolaire. Pas moins de mille collégiens, presque le double de lycéens, ainsi qu’une classe d’Athènes ont participé à l’événement. Transmettre, expliquer, conscientiser.

Pour « la presse la plus libre possible »

La soirée s’est ouverte sur des images vidéos tournées au sein de l’équipe de Charlie Hebdo. Ils sont tous de nouveau là, terriblement vivants, entre les coups de pinceaux de Tignous et le rire de Cabu. Nos gorges se serrent quand l’on entend Charb affirmer « Si je ne risque que la prison, ça va ! » à l’évocation de son travail. Applaudissements nourris. Nous sommes toujours Charlie.

Au cours de cette soirée, dédiée « à la presse la plus libre possible », neuf trophées ont été décernés. Nous soulignons la grande diversité des conflits présentés, de l’Ukraine à Gaza, en passant par l’incontournable Syrie. Le drame vécu par des centaines de milliers de migrants n’a pas été esquivé. Ainsi, le prix Radio a été attribué à Emma-Jane Kirby pour L’Opticien de Lampedusa. Celui-ci, sur son bateau, a été témoin du naufrage d’une embarcation transportant des centaines de migrants. Il en a sauvé quarante-sept. Quarante sept survivants, et plus de trois cents personnes noyées. A travers ce reportage, la journaliste de la BBC nous interpelle : « Nous sommes tous des acteurs de cette tragédie ».

Deux prix ont récompensé la presse écrite, celle qui face à l’immédiateté et l’omniprésence de l’image, nous laisse « le temps des mots, de la distance » comme l’a affirmé Mélanie Lepoultier, conseillère départementale du canton, venue remettre l’un des trophées. Plus tard, Pierre Sautreuil a reçu le prix du Jeune Reporter pour Nouvelle Russie, une plongée dans le conflit russo-ukrainien. Il s’agissait de sa seconde couverture de conflit dans la zone, après celui de Maïdan, l’an passé.

Les lycéens ont visionné dix reportages. Leur regard s’est porté sur celui d’Alex Crawford sur les viols en République Démocratique du Congo. Difficilement supportable, celui-ci a mis en lumière la communauté de femmes violées à maintes reprises, réunies autour de Mama Sita, bien souvent accompagnées des enfants nés de ces violences innommables.

Si le jury professionnel et le public portent rarement la même appréciation sur les reportages proposés, il n’en a pas été de même cette année pour le prix photo. Heidi Lévine a été plébiscitée par les deux jurys pour « La guerre et la guérison à Gaza », réalisé au cours de plusieurs voyages, afin de mieux comprendre « comment les gens allaient s’en remettre ».

« J’espère qu’un jour quelqu’un ouvrira les yeux »

Tout au long de la soirée, d’autres journalistes sont montés sur scène, afin de témoigner. Patrick Chauvel, habitué du Prix Bayeux-Calvados, a exprimé sa lassitude. « Toujours les mêmes conflits. On fait toujours les mêmes photos… J’espère qu’un jour, quelqu’un ouvrira les yeux ». Garance Le Caisne a dénoncé les exactions commises par le régime de Bachar Al-Assad, trop souvent oubliées des grands médias. Enfin, Charles Enderlin, jeune retraité de son poste de correspondant permanent à Jérusalem pour France 2, est venu présenter son film, Au Nom du Temple, dont nous sommes allés voir la projection ce matin. Véritable réquisitoire contre l’installation massive de colonies israéliennes en Cisjordanie, ce documentaire poignant apporte un éclairage sur les conséquences du sionisme religieux.

Dans un monde où une personne sur deux n’a pas accès à l’information libre, le Prix Bayeux-Calvados continue de défendre la liberté de la presse et le soutien aux reporters qui la préservent. Une nouvelle fois, le public bayeusain et bas-normand a été au rendez-vous, mené par une soif de compréhension. Si durs ces témoignages soient-ils, cet événement est l’occasion de prendre le temps de s’y plonger, sans détourner le regard, et d’interroger ces situations de crises et de conflits, dont les clés nous échappent trop souvent.

À propos de l'auteur

Laurine

Laurine

Rédactrice Musique
Laurine, 25 ans, passionnée par la rencontre des arts d'ici et d'ailleurs. Chargée de production et de diffusion au sein d'une Compagnie en Arts Mêlés, je jongle entre Paris et Caen, toujours à l'affût de nouvelles découvertes. Pour Culturacaen.fr, je suis essentiellement rédactrice musique, chargée des chroniques et des live report, mais je fais également quelques explorations dans les arts de la rue !