Cinéma Rencontres

Rencontre avec L’équipe du film « Guillaume, La Jeunesse du Conquérant »

Une_rencontre_cartelguillaume

Le mardi 10 février 2015,  je suis allée aux bureaux des Films du Cartel à la Fermeture Éclair, pour rencontrer deux membres de cette association cinématographique originaire de Caen. J’avais donc rendez-vous avec Fabien Drugeon, réalisateur de « Guillaume, La Jeunesse du Conquérant » et Jonathan Perrut, le producteur exécutif du film, pour les interviewer sur le sujet à quelques jours de la grande première tant attendue, qui s’est déroulée à l’Amphi Daure le 13 février au soir.

Les deux collaborateurs sont sur leurs ordinateurs quand je rentre dans le bureau, ils travaillent, sont au téléphone, ça bourdonne. Ils s’arrêtent pour me dire bonjour, puis nous commençons l’interview.

Q : Ce doit être un soulagement de sortir enfin le film que tout le monde attendait à Caen?

Fabien : Un soulagement, oui, mais surtout l’occasion de rentrer dans la dernière vie du film; sa distribution. L’intérêt de sa sortie est aussi d’offrir une meilleure visibilité à l’association, en faire une sorte de « carte de visite ».

Jonathan : Oui, une sorte de carte de visite en cuir, style médiéval, pour aller avec le film!

(rires)

Jonathan : De cette façon nous montrons que nous avons un certain savoir faire, pour pouvoir réaliser des vidéos, des pubs, des clips.

Q : Comment l’idée vous est-elle venue?

Fabien : J’ai réalisé, pour mon film de fin d’études à La Fémis, un court-métrage sur les Vikings en Normandie. C’est là que je me suis rendu compte que les reconstitutions historiques intéressaient un certain nombre de personnes. J’ai alors décidé, en 2010 de refaire un projet dans cet univers là, mais cette fois d’en faire quelque chose de plus historique, moins fantaisiste que mon film de fin d’études.

385637_4446244561838_2127672574_n

Je me suis donc mis à lire sur le sujet de Guillaume de Conquérant, en me centrant sur deux périodes: Sa jeunesse, et sa conquête anglaise. Je trouvais intéressant de montrer comment Guillaume est passé de « bâtard » à Duc de Normandie. Le chemin pour y arriver était donc sa jeunesse. Mon choix s’est alors porté sur la première période.

C’est en 2011 que Jonathan m’a rejoint, apportant quelques idées au scénario. Travailler à plusieurs sur le projet était bénéfique pour ce dernier, ainsi que pour moi. Ça m’a permis de le « partager » un peu. Nous sommes à ce moment là entrés en phase de pré-production, et nous avons créé une « fausse bande-annonce ». C’est à dire que nous avons filmé des scènes qui ne se sont pas retrouvées plus tard dans le film, pour « donner envie » aux gens de nous soutenir, de voir le projet mené à bout.

Jonathan : On pourrait la lui montrer? (Il cherche la première bande-annonce sur youtube, où elle est maintenant en privé) Ouhlà, ça fait longtemps qu’on ne l’a pas vue! Séquence émotions!

(rires)

Ils s’émerveillent, constatant le fait que le film est maintenant fini, et que l’avant première est, à ce moment là, dans quelques jours seulement. Je décèle un brin de nostalgie dans leurs voix.

Jonathan : C’était vraiment pour prouver aux gens à qui l’on demanderait de l’aide, aux partenaires, etc, qu’on était capables de le faire, ce film. Cette bande annonce est restée l’identité du film pendant un an.

Fabien : C’était aussi une manière de NOUS prouver qu’on pouvait le faire. On a choisi les bons lieux, puis on a monté la bande annonce comme on aurait monté le film, plus tard. Est venue après la recherche de financement et c’est à partir de là que nous avons pu tourner, en 2012.

Q : Il y avait combien de participants en tout ?

Fabien : Il y avait en tout 350 personnes au tournage, du début à la fin.

Q : Avez-vous eu des partenaires ?

Fabien : Oui, notamment le Département du calvados, la Ville de Caen, Dives sur mer, Falaise, Bayeux, qui sont toutes des villes ayant un rapport direct avec Guillaume. Ou Ouistreham, et Fleury sur Orne, qui n’avaient pas de rapport direct, mais leur patrimoine était mis en avant par notre film, ce qui les intéressait aussi.

Q : Pourquoi autant de temps pour ce film?

Fabien : La post-production a pris 2 ans. Le tournage a lui aussi un peu traîné. La météo n’était pas toujours clémente. Les temps libres étaient nombreux, mais le film étant basé sur du bénévolat, (pour tout, des acteurs à l’équipe technique en passant par la régie et les figurants) c’est lui qui s’adaptait aux emplois du temps des gens et non les gens qui s’adaptaient à un planning. L’avantage est que nous sommes nombreux à avoir « plusieurs cordes à notre arc » et donc quand l’un ne pouvait pas cadrer, prendre le son, monter le film, etc, un autre pouvait prendre le relais.

Q : C’est donc plus gros projet du Cartel à ce jour, quels sont tes sentiments, es-tu satisfait?

Fabien : Ils sont mitigés, c’est à dire que certaines scènes sont meilleures que je les avais imaginées il y a trois ans, et d’autres c’est tout le contraire. Une projection sur deux, je suis embêté pas quelques finitions, deux, trois détails, puis celle d’après, je suis content. D’un côté, je manque un peu de recul présentement, car j’ai la tête dans le projet depuis un moment, et je vois « trop » le film. Je travaille dessus, je ne le visionne pas pour la première fois. Dans tous les cas, c’est l’aboutissement d’une énorme somme de travail pour beaucoup de gens.

18288_4690865037197_740373485_n

Q : Y aura-t-il un projet aussi gros au sein du Cartel dans le futur?

Jonathan : C’est le dernier film aussi ambitieux que nous ferons sans budget. Il était très compliqué à réaliser, dans des conditions associatives et bénévoles. Nous sommes tout de même ravis de l’avoir fait. Nous avons touché à tout, des web-séries, des courts-métrages. Ce film était un peu comme la dernière tentation, faire quelque chose de gros sans moyens.

Fabien : Personne n’y croyait vraiment dans le monde « pro » c’était trop gros, c’est pour ça qu’on a fait ça au niveau associatif. Ça a bien marché. C’était exceptionnel, et on sait bien qu’on ne pourra pas faire repartir des équipes bénévoles, comme ça, sur un si gros projet. On en a plus envie. C’était une super expérience, mais unique. Une espèce de « première fin ».

Q : Des appréhensions pour la grande première à l’Amphi Daure?

Fabien : Les cinéphiles sont exigeants, c’est ça que j’appréhende, le film a des défauts, et j’attends de voir la réaction des gens. Il n’est pas amateur, mais pourtant, il n’est pas pro non plus. Il est entre les deux. C’est dur de savoir ce que les gens vont penser. Je suis moi-même un spectateur exigeant, donc je sais bien qu’il risque de ne pas plaire. Au final j’en suis quand même fier. Ce qui est chouette c’est qu’il est diffusé à l’Amphi Daure, au Campus 1 où j’ai fait mes études, où beaucoup de gens de l’équipe les ont faites, et certains y sont encore. C’est un peu le cycle qui se termine, la boucle est boulée.

Q : Et enfin, le film sera-t-il projeté autre part?

Jonathan : Il a un visa d’exploitation et nous comptons le proposer à autant de salles que possible. La projection à l’Amphi Daure n’est pas l’arrivée mais le début de la vie du film!

Petit plus ; Arthur Shelton, acteur, réalisateur caennais, et le compositeur de la BO du film, est passé aux bureaux du Cartel cet après midi là, et nous a dit quelques mots sur son expérience musicale du film.

Q : Comment t’y es-tu pris pour composer une BO aussi longue, la tâche a-t-elle été ardue?

Arthur : Longue, surtout. Le travail a commencé en 2011, et le gros de la composition est venu après, dès le commencement du tournage. Le film s’est rallongé, donc la musique aussi, on en est arrivé à une BO de 1h15, qui est représentative de trois ans de tournage. Il y avait beaucoup de points clés à respecter, suivre l’action, les sentiments, savoir faire vivre le film en musique. Nous avons utilisé des instruments virtuels, faute d’un vrai orchestre, puis nous sommes passés au mixage, pour enfin pouvoir la coller au film.

Q : Quels sont tes sentiments en cette fin de ligne?

Arthur : Je suis content que le film puisse enfin sortir et j’espère que le public sera au rendez-vous. C’était une longue, mais chouette aventure.

Je remercie les trois cinéastes, en leur disant que je suis pressée de voir le film, puis nous nous dirigeons vers l’extérieur de La Fermeture Éclair pour prendre une photo.

« Souriez! » Ils s’exécutent, et j’immortalise le moment, apercevant au passage un éclair de fierté dans leurs regards. Celui qu’on prend lorsque l’on mène un bon projet à bout. 

De gauche à droite : Jonathan Perrut, Arthur Shelton, Fabien Drugeon

De gauche à droite : Jonathan Perrut, Arthur Shelton, Fabien Drugeon

 

À propos de l'auteur

testcc2015