Cinéma Critiques

Deauville 2015 : The Wolfpack

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Les six frères Angulo ont passé toute leur vie isolés de la société, enfermés avec leurs parents dans leur appartement du Lower East Side à Manhattan. Surnommés « The Wolfpack », ils ne connaissent personne hormis leur famille et n’ont pratiquement jamais quitté leur appartement.Tout ce qu’ils savent du monde extérieur, ils l’ont appris dans les films qu’ils regardent de manière obsessionnelle et qu’ils recréent méticuleusement en fabriquant eux-mêmes accessoires et costumes. Leur univers est sur le point de s’effondrer le jour où l’un des frères parvient à s’échapper.

 

Reservoir Dogs

 

Il est de ces documentaires qui vous saisissent, vous racontent une histoire auxquelles vous auriez du mal à croire sous d’autres formes et qui, une fois terminés, vous font percevoir certaines choses différemment. The Wolfpack est une oeuvre complexe qui raconte le quotidien d’enfants qui ne sont jamais sortis de chez eux. À première vue, le film semblait terriblement glauque et l’idée de la violence dans la séquestration paraissait planer sur l’idée que l’on pouvait se faire du long-métrage avant de le voir. Mais ce sont des tranches de vie particulièrement émouvantes que le documentaire met en avant. Sept enfants élevés dans un appartement sombre et vétuste dans le quartier de Manhattan se gavent de films à longueur de journées et n’ayant pas mis un pied dehors depuis leur naissance (à quelques rares exceptions près), ils ont une vision façonnée par les univers fictifs qu’ils fréquentent à longueur de journées. Ils se déguisent, parlent, s’habillent et marchent comme les personnages de leurs films préférés.

 

The Wolfpack commence d’abord par présenter chacun de ces enfants, montrer leur quotidien. Puis petit à petit, il s’immisce dans leur vie, sans aucun voyeurisme et en toute objectivité, pour essayer de comprendre comment ils ont été amené à vivre dans cette bulle. On rencontre donc le père des enfants (dont les rares apparitions sont rendues effrayantes par les propos qu’étaye celui-ci), instigateur de cet enfermement, qui s’avèrent être partisan d’une secte dangereuse. La mère, usée et désillusionnée par cette vie, se dévoile et malgré ses regrets, accepte finalement sa situation. La force du film va principalement résider dans le fait de ne jamais tomber dans le pathos et le sensationnalisme, dans sa capacité à maintenir et entretenir l’espoir d’une vie meilleure pour ces enfants qui malgré tout ce qu’ils ont pu vivre, garde un regard très lucide et mature sur leur situation et projette sur eux-mêmes des ondes positives. Ils semblent tous dans la perspective d’un avenir lumineux et proche d’une vision du monde très peu faussée finalement, ce qui nous amène, en tant que spectateur, à être subjugué par autant de force d’esprit.

 

Sans jamais pointer du doigt ni juger le père (il révèle d’ailleurs face à la caméra, sans être entendu par quiconque qu’il n’est pas heureux de ce qui s’est passé et de la façon dont il a embrigadé ses enfants), la réalisatrice Crystal Moselle offre un portrait saisissant, à la fois énigmatique et émouvant d’une enfance perdue dans un monde fictif, où la renaissance d’une génération s’effectue au travers des portes qui s’ouvrent. Une histoire vraie réellement incroyable, à la fois terrifiante et bouleversante qui rend un bien bel hommage à la force de vivre dont font preuve ces personnes.

 

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