Cinéma Critiques

Deauville 2015 : Le Prodige

PAWN SACRIFICE

L’histoire de Bobby Fischer, le prodige américain des échecs, qui à l’apogée de la guerre froide se retrouve pris entre le feu des deux superpuissances en défiant l’Empire Soviétique lors du match du siècle contre Boris Spassky. Son obsession de vaincre les Russes va peu à peu se transformer en une terrifiante lutte entre le génie et la folie de cet homme complexe qui n’a jamais cessé de fasciner le monde.

 

The Imitation Game 2

 

D’emblée, Le Prodige s’annonce comme un biopic dans sa forme la plus convenue, sous des traits communs, ultra vus et revus depuis la sortie de Ray et Walk The Line, deux films qui avaient amené au genre une forme très académique, qui pour deux ou trois essais aurait pu être sympathique (tout au plus) et qui se trouve être aujourd’hui une redondance presque agaçante. D’ailleurs on ne peut que conseiller la parodie du style (qui n’était que celle d’un film à l’époque de sa sortie mais qui est devenu au fur et à mesure des années une brillante analyse des codes du biopic hollywoodien) scénarisé par le maître Apatow et réalisé par Jake Kasdan, Walk Hard. Soyons tout de même honnête, le film n’est pas non plus une purge, il propose une immersion assez intéressante et suffisamment pédagogique dans la vie d’un individu fascinant : Bobby Fischer, génie des échecs et de son affrontement, à distance puis en face à face, contre Boris Spassky (qui a l’époque symbolisait une tension toute autre dans la Guerre Froide).

 

Alors que l’on apprécie et comprenne les échecs ou non, il arrive de temps à autre d’être porté par l’intensité ambiante du film et celle qui caractérise la morale de son personnage. Parce que bien que le génie de Bobby Fischer soit indéniable, ses véléités politiques sont quant à elles assez obscures. Entre un antisémitisme naissant et une paranoïa grandissante, Edward Zwick, le réalisateur, n’épargne aucun sujet, et s’attaque tout autant à la psychologie complexe de son personnage principal qu’à son oeuvre. Et concernant son oeuvre, il convient même de féliciter le metteur en scène d’avoir su rendre captivante, intéressante et presque compréhensible au final une longue partie d’échec sans vraiment expliciter ce qu’il en ressortait (un peu à la manière de Martin Campbell quand celui-ci saisissait brillamment une demi-heure de poker de haut niveau dans Casino Royale). L’autre point fort du film, c’est bien évidemment ses acteurs qui ont réussi à trouver une certaine justesse dans leur interprétation en évitant tout cabotinage (mention spéciale évidente à Peter Sarsgaard).

 

Finalement, c’est dans son contenu que le film est le plus faible. N’offrant rien de plus que ses prédécesseurs, on sort de la salle avec une énième sensation de « déjà-vu ». Malgré une réalisation sans trop de défauts et une mise en scène très professionnelle, le résultat est tel qu’il était attendu avant de voir le film. Pas vraiment d’intérêt donc à voir Le Prodige si l’on a déjà pris la peine de se pencher sur l’histoire de son protagoniste.

 

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