Cinéma Critiques

Deauville 2015 : Knight Of Cups

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« Il était une fois un jeune prince que son père, le souverain du royaume d’Orient, avait envoyé en Égypte afin qu’il y trouve une perle. Lorsque le prince arriva, le peuple lui offrit une coupe pour étancher sa soif. En buvant, le prince oublia qu’il était fils de roi, il oublia sa quête et il sombra dans un profond sommeil… » Le père de Rick lui lisait cette histoire lorsqu’il était enfant. Aujourd’hui, Rick vit à Santa Monica et il est devenu auteur de comédies. Il aspire à autre chose, sans savoir réellement quoi. Il se demande quel chemin prendre.

 

Errance Malick.

 

Si le synopsis d’un film est l’un de vos critères majeurs de sélection, ne vous basez pas sur celui-ci pour décider si oui ou non vous irez le voir au cinéma. Puisqu’il s’agit ici de mettre en page correctement (et bêtement dans ce cas) cette critique du nouveau (et très attendu) Terrence Malick Knight Of Cups. Commençons simplement : à chaque film du cinéaste, l’attente est palpable mais pas unanime. Entre crainte et hâte, toute nouvelle oeuvre du peu prolifique cinéaste est un événement. Ici, le réalisateur adapte et creuse sa mise en scène (celle qui a tant divisé en tant que Palme d’Or en 2011 lors de The Tree Of Life). Il organise son « récit » autour d’un scénariste, victime du système hollywoodien. Ce propos est très rapidement mis au second plan puisque ce qui intéresse réellement Terrence Malick, c’est de mettre en exergue la spiritualité autour de l’humain, de ce qu’il entreprend à ce qu’il ressent. On assiste donc, pendant les deux heures que durent Knight Of Cups, à une réflexion intérieure de l’individu sur sa place et sa condition d’être.

 

Il n’est pourtant pas vraiment question de faire porter le film sur une pensée claire et concise. En fait, au lieu d’amener sa refléxion schématiquement, Malick choisi la voie de la monstration. Tout le long de son long-métrage, la vie, la mort, l’amour, la colère et la tristesse s’entremêlent dans le but de capter et de saisir au mieux ce qui conditionne l’humain, ce qui le raisonne et dans une dimension davantage spirituelle, ce qui le nourrit et l’énergise. Autour d’acteurs exceptionnels, qui servent le réalisateur plus qu’ils ne s’expriment vraiment (ce qui est une approche totalement différente mais tout aussi intéressante du métier de comédien), Terrence Malick réussit à créer un univers sensiblement réaliste mais incroyablement poétique, spirituel et religieux.

 

Car la religion est une nouvelle fois au coeur de son film de façon perceptible. La divinité se retranscrit dans chacun des personnages. En les faisant souffrir, mourir et renaître (puisque le film parle aussi de renaissance dans sa globalité), Malick explore sa foi, celle de l’Homme en général et ce qui la lie à notre perception de l’existence. Que ce soit dans son cadrage (steadycam errant magnifiquement entre ses personnages et leur environnement), dans sa photographie (passages en caméra embarquée) ou encore dans son montage (images saisissantes, expressives presque métaphysiques de paysages naturels et choix musicaux sensationnels), Terrence Malick m’a ému. Je passe à la première personne tout simplement pour soulever un point important du film. Lorsqu’un bon nombre se contente de dire « chaque spectateur vit le film différemment » (doux euphémisme pour ne pas avoir l’air stupide à lancer un « chacun ses goûts »), le cinéaste américain créé une œuvre suffisamment transcendantale pour être vécu comme une expérience personnelle et intérieure, propre à chacun. Brillant.

 

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