Cinéma Critiques

Deauville 2015 : Green Room

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Au terme d’une tournée désastreuse, le groupe de punk rock The Ain’t Rights accepte au pied levé de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon… pour finalement se retrouver à la merci d’un gang de skinheads particulièrement violents. Alors qu’ils retournent backstage après leur set, les membres du groupe tombent sur un cadavre encore chaud et deviennent alors la cible du patron du club et de ses sbires, plus que jamais déterminés à éliminer tout témoin gênant…

 

Avec son second long-métrage, Jeremy Saulnier nous offre un thriller (avec quelques touches d’horreur et d’action) tendu et poisseux, mais qui réussit aussi l’exploit de s’avérer plutôt fun (peut-être pas le mot adéquat, mais bref). C’est parce qu’au delà des quelques touches de gore et de violence qu’il insère ça et là, on retrouve avant tout ici le plaisir d’assister à une situation de siège et d’affrontement tendue et rudement bien construite. L’intrigue pourrait en effet se résumer à la confrontation intense entre deux camps aussi désemparés que décidés à s’en tirer vainqueur. Cela passe essentiellement par une longue partie du film consacrée à faire assimiler aux spectateurs la situation : les forces en place, les issues possibles, les enjeux… Dans ce long passage où les musiciens sont enfermés dans une pièce, les skins à l’extérieur et où chacun tente de décider de la marche à suivre, on ne fait qu’essentiellement exposer des informations et préparer la confrontation proprement dite, mais hors de question de laisser le spectateur s’ennuyer pour autant. Bien au contraire, le réalisateur insère dans ces séquences nombres d’enjeux et de tension, en plus des informations, d’où un aspect extrêmement immersif qui rendra d’autant plus violent la seconde partie du film. Et quand les camps s’opposeront vraiment et que la situation explosera, le réalisateur prouve qu’il n’a pas peur d’exposer son spectateur à la violence et au sang, non par sadisme et par mauvais goût, mais par simple constat des conséquences de l’affrontement de personnes aussi déterminées qu’impitoyables. C’est rude mais intense et très bien rythmé, du coup le spectateur a beau être chahuté jamais ses yeux ne se décrochent de l’écran et de l’explosion de violence qui s’y déroule. D’autant plus que Saulnier ne relâche jamais la pression, ne laisse pas au spectateur le temps de reprendre son souffle.

 

On pense pas mal à Carpenter et à son Assaut, évidemment dans cette façon de structurer tout un film autour d’un affrontement entre un camp d’assaillant et un camp d’assiégés, avec dans une première partie qui se consacre à une mise en place subtile et qui prend son temps, sans laisser le spectateur s’ennuyer. Mais aussi dans ce traitement de l’affrontement même et de sa violence, montrée de manière frontale mais pas malsaine, mais aussi manière ultra-rythmée. Voilà le résultat quand un réalisateur mêle une approche intrépide avec un amour du genre et de ses règles, intelligence et sens du jeu. Ne manquez pas l’occasion de voir ce film, représentant d’une catégorie de films de plus en plus rare.

 

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