Cinéma Critiques

Deauville 2015 : Emelie

Emelie-Chosen

Afin de célébrer leur treizième anniversaire de mariage, Dan et Joyce décident d’aller dîner en ville en laissant leurs trois enfants à la maison. Comme la baby-sitter qui les garde habituellement se désiste au dernier moment, les Thompson font appel à une autre jeune fille, Anna, pour la remplacer. Tout au long de la soirée, les enfants vont s’apercevoir qu’Anna n’est pas exactement celle qu’elle prétend être…

Premier gros ratage de la compétition et même du festival, Emelie se présentait au départ comme un thriller horrifique malin, mais se révèle au final n’être qu’un film bancal des plus modestes. Les choses commencent pourtant bien dans Emelie, avec une ouverture efficace et qui parvient à créer une sensation de menace durant les 20 minutes suivantes sans qu’il y ait besoin d’en rajouter. Mais les choses se gâtent dès lors que la baby-sitter se retrouve seule avec les enfants, le réalisateur décidant alors grossièrement de passer à la vitesse supérieure. S’enchaînent alors des scènes « chocs » mal amenées et qui semblent déconnectées du reste du film de par leur côté arbitraires et artificielles. Elles ne construisent rien terme de tension, comme si elles se suffisaient à elles-même par leur contenu seul, greffées au film. Le réalisateur se contente de les souligner d’une musique « angoissante » lourdingue, qui semble être là pour nous signaler qu’on est censés être collés au fond de notre siège. Mais pourtant rien, l’ensemble n’amène aucune tension et s’enchaîne très mal.

Encore ces scènes pourrait-elles être un tant soit peu se justifier si le réalisateur parvenait à les rattacher à la construction du personnage de la baby-sitter (au delà du fait de nous signaler qu’elle est dangereuse). Mais pas du tout, on se retrouve à la place avec le passé et les motivations du personnage révélées d’un seul bloc au beau milieu du film, de manière totalement gratuite (elle décide bizarrement de tout révéler métaphoriquement aux enfants, en fait à nous), sans aucun rapport avec ce qu’on a pu voir du personnage jusqu’ici et d’autant plus maladroit que la révélation est soulignée par des flash-back explicites. Ce qui aurait donc dû être la conclusion d’une construction de tension progressive n’est donc au final qu’une révélation franche et déconnectée de tout ce qui lui a précédé. En l’occurrence un meurtre de cochon d’inde et un enfilage de tampon devant un des gamins (?). Toute cette partie « angoisse » du film est rendue d’autant plus inefficace que l’on sort régulièrement de la maison et de la tension que le réalisateur tente d’y construire pour assister au dîner en ville des parents. L’information qu’est censée apporter ces séquences (ils sont surveillés) ne justifie absolument pas le fait d’y retourner encore et encore, et l’on se retrouve donc surtout à les voir discuter et s’offrir des cadeaux (?!).

Après cette révélation mal construite, toute la seconde partie du film se présente comme un jeu du chat et de la souris entre la baby-sitter et les enfants. Et c’est là que le réalisateur révèle ses limites en terme de mise en scène pure. Alors que l’enjeu est justement de toujours faire comprendre où sont les personnages et quels sont leur déplacements afin de créer action et tension, l’ensemble est horriblement confus, mal cadrés et mal éclairés, au point où l’on à du mal à comprendre ce qui se passe à l’écran, et même à le voir. Ainsi ne se rendra-t-on compte qu’à la toute fin qu’un ami de l’aîné des enfants était impliqué dans l’action. On se retrouve donc ainsi avec un final totalement anticlimatique, mais en définitive cohérent à un film qui aura très peu construit tant en terme de personnage que d’atmosphère.

Ainsi ce film se voulant être malin et original ne se révèle être qu’un thriller mal foutu de plus. Le réalisateur semble vouloir dépasser ses limites, mais ne fait que s’y écraser en les rendant évidentes. En voulant s’élever au dessus de la mêlée des films qui composent le genre, il ne fait au final que s’enfoncer. Un cas spectaculaire d’un film qui tente d’en faire plus qu’il ne saurait gérer. Pour voir un film qui réussit à faire tout ce qu’Emelie échoue à accomplir en terme de tension, et même plus, on vous conseille plutôt It Follows, sortit en début d’année.

 

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