Cinéma Critiques

Deauville 2015 : Cop Car

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Deux jeunes garçons se baladent dans la campagne en quête d’aventure. Ils vont vite la trouver grâce à une voiture de police abandonnée. Les clés sont dessus et ils partent faire un tour, totalement inconscients de la situation… Les choses vont prendre une tournure encore plus inattendue lorsque les enfants découvrent qu’il y a quelque chose dans le coffre et que le shérif véreux du coin veut, quel qu’en soit le prix, récupérer sa voiture volée…

 

Boulevard de la mort.

 

De nombreux réalisateurs en témoigneront : il n’y a probablement rien de plus frustrant que la sélection d’un auteur, un artiste à la tête d’un blockbuster. Surtout lorsque l’on parle d’un réalisateur dont il s’agit du second ou troisième film (puisque celui-ci n’aura pas l’occasion d’enchaîner sa première réussite avec une seconde, complémentaire de la précédente). Avec le flop des 4 Fantastiques cet été, Josh Trank en témoignera. Cop Car est réalisé par Jon Watts, futur metteur en scène du re-reboot de la franchise Spiderman. Bien qu’il ne faille pas s’attarder sur l’avenir du jeune cinéaste, prometteur qui plus est, il est évident que l’on craint pour lui le pire. Puisque les grands studios n’ont pas de remord à piller les bonnes idées d’un réalisateur pour insuffler dans son film les pires clichés dans le but de croire, le plus souvent à tort, qu’il plaira au grand public. Parce que tout au long de Cop Car, ce qui saute évidemment aux yeux, c’est la maîtrise dont fait preuve Jon Watts, de la direction d’acteur au cadrage, de la mise en scène pure, propre, très professionnel mais jamais bridée à un genre très personnel.

 

La force première du film réside dans le fait qu’elle présente un univers bien particulier, une ambiance et un style qui naviguent entre western américain et burlesque. Ici ou là se glissent quelques imperfections, peut-être lié à l’inexpérience du metteur en scène en terme de long-métrage, qui viennent parfois (assez rarement à vrai dire) casser un peu le rythme du film, mais il s’agit en aucun cas de sous-intrigues inutiles ou de personnages au rabais. Parce que c’est justement là où le film puise sa grande puissance, dans sa galerie de protagonistes divers et variés. Premièrement les deux enfants qui tiennent les rôles titres sont assez savoureux, très justes dans leur interprétation et surtout complices. Leur relation et l’évolution de l’histoire amènent ces deux personnages à faire écho à un certain degré à ceux de Stand By Me, dans cette quête du passage à la maturité et du rapport à la mort. Le rôle du policier est tenu par Kevin Bacon qui ne cabotine jamais et donne beaucoup de crédit à son personnage de flic véreux. Enfin, les seconds rôles sont excellents : du truand surexcité, pourri jusqu’à l’os et trouillard, à la cinquantenaire tenace et courageuse, surtout téméraire, Cop Car offre à son spectateur une pléiade de personnages secondaires, fabuleux en losers magnifiques.

 

Peut-être étonnant donc de constater que malgré l’engouement qu’a suscité le film dans la salle, entre rires et réactions unanimes, le premier long-métrage si réussi du jeune réalisateur ultra-prometteur n’ait pas davantage fait de bruit hors de sa projection et que le côté décalé, presque tarantinesque, n’ait pas obtenu d’enthousiasme équivalent. Le film connaîtra peut-être, on l’espère, une seconde vie lors de sa sortie en DVD qui le rendra possiblement culte autour d’une poignée de fans qui s’occuperont de remettre ce petit bijou à sa juste place.

 

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